Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
n/a
© Keystone/Photopress-Archiv/SALV

Revue de presse

L’été 68: «Cassez tout, les gars, la Bourse, c’est le temple du capitalisme!»

En juillet 1968, un ancien directeur de la Banque cantonale vaudoise rappelle les vertus des marchés à ceux qui en voudraient la peau

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Les épisodes précédents:

 

 

A la une de la Gazette de Lausanne du 23 juillet 1968, Francis Yaux, un ancien directeur de la Banque cantonale vaudoise, signale avec quelque dédain que «d’autres journaux» mais «aux époques de récession», n’avaient «pas hésité à titrer»: «Faut-il fermer la Bourse?» Mais il reconnaît aussi que «s’il est de nos jours une institution qui connaît la contestation, c’est bien celle-là». La Bourse, donc. Avec un grand «B» qui la déifie, comme on l’a longtemps orthographiée dans les médias.

«Une Bastille?»

Le banquier auteur de ce «Baromètre des affaires», qui inaugure ce jour-là dans la Gazette une série sur le rôle de «la bourse dans l’économie suisse», en ajoute une couche, car il entend bien replacer le débat à son juste niveau: «Les récents événements en France l’ont encore démontré et des chroniqueurs, au fort de la tempête s’écriaient»: «La Bourse, ce symbole du capitalisme, prise par les émeutiers, serait-elle une Bastille?»

Il faut dire, rappelait ce printemps l’Agence France-Presse, que «le 24 mai au soir» dans un «Paris survolté et en proie à des heurts violents», un groupe de manifestants était arrivé aux abords de la Bourse, précisément, et avait pris d’assaut le vénérable édifice à la suite des injonctions de ses leaders: «Allez-y les gars, cassez tout, c’est le temple du capitalisme!»

Remettons donc les points sur les «i», se dit Francis Yaux. Car «il y a lieu de s’entendre»: «Est-ce vraiment là le symbole d’une puissance occulte, un groupe de pression organisé, qui en définitive serait nuisible à la société, ou au contraire est-ce un organisme relevant d’une nécessité dans un contexte économique donné?» La réponse étant dans la question, l’auteur poursuit en rappelant quelques fondamentaux du capitalisme, en bon libéral s’exprimant dans un quotidien libéral.

Sus au communisme!

Suivons la leçon. «Il tombe sous le sens que l’individu comme tel peut parfaitement faire sa vie, la réussir et la conduire à son terme sans jamais avoir eu à connaître la notion même d’une organisation se préoccupant de régler les problèmes financiers d’un ensemble d’individus.» Et de prendre cet exemple extrême, avec un soupçon d’ironie: «Le sage hindou […] extirpant de lui tout désir qui n’est pas la contemplation gravite dans un monde intérieur qui lui est suffisant.» Il fustige aussi au passage «l’autre» théorie économique, celle de «la planification totale et impérative» – regardez à l’Est – celle qui enlève «aux hommes […] jusqu’aux velléités de s’intéresser […] à un changement dans la condition matérielle où ils sont placés».

Un rôle d’arbitre

Se défendant de tout jugement moral, l’ancien banquier veut au contraire «porter sur le problème […] spécifique de la bourse un jugement réaliste» en affirmant ceci: «L’émission de valeurs mobilières, actions et obligations est un des moyens les plus efficaces pour couvrir les besoins d’équipement des entreprises et d’une manière générale les besoins de capitaux à long terme.» Il serait en conséquence totalement contre-productif – comme le font les extrémistes sur leur cheval de Troie anti-finance – de détruire tout ou partie d’une institution dont la fonction est «d’arbitrer le cours de ces valeurs» une fois qu’elles ont été introduites sur le marché.

La Gazette conclut ce long article qui remet l’église au milieu du village, ou plutôt la Bourse au milieu de la Suisse, en louant la tradition dont celle-ci s’enorgueillit, sa «pondération» et les «services» qu’elle rend «quotidiennement dans la vie financière et économique».

Dossier
L'été 68 au jour le jour

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)