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Affrontement de rues lors du festival, place de l’Horloge à Avignon.
© Yvon Provost

Revue de presse

L'été 68: les CRS jouent de la matraque à Avignon

De Paris, le mouvement de Mai essaime vers le Sud. Et perturbe considérablement, en juillet 1968, le célèbre festival de théâtre français. Hélène Cingria raconte

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Episodes précédents:

Au mois de juillet 1968, la France vient de vivre les secousses historiques que l’on connaît. Dans la foulée, le 22e Festival d’Avignon est fortement perturbé, avec des dizaines de jeunes gens qui s’y retrouvent et provoquent des débordements. L’interdiction de deux spectacles «subversifs» envenime la situation, particulièrement celle de Paradise Now du Living Theatre de Julian Beck. Le Living finira par quitter Avignon. C’est un gros coup dur pour le créateur de la manifestation (en 1947), Jean Vilar, qui, dit-on, ne s’en remettra jamais. Déchiré, en désaccord avec le ministre André Malraux et avec le général de Gaulle – bien qu’à leur service – et qui a fini par se mettre tout le monde à dos, pris en tenaille entre le pouvoir et les contestataires. «Incompris, pilonné par ses amis d’hier.»

Lire aussi: Avignon 68, 
la chute de Jean Vilar

Les premiers heurts avaient débuté dès l’aurore du festival. Hélène Cingria, l’envoyée spéciale du Journal de Genève, annonce à ses lecteurs que «ça commence par des coups de matraque». Hélène Marie Amélie Cingria dite «Bambi» n’est pas une inconnue. Elle était la fille du peintre Alexandre, la nièce de l’écrivain Charles-Albert et la filleule de C. F. Ramuz. Elle correspondait avec plusieurs journaux français et suisses, en particulier depuis le Festival d’Avignon.

«Au troisième jour de son existence», écrit-elle le 20 juillet, «nous en sommes à nous demander jusqu’à quand [le festival] durera si les CRS apparus pour la première fois dans les murs de l’ancienne cité pontificale continuent à monter la garde autour de ses remparts et si les jeunes hommes en colère descendus de Paris persistent à vouloir troubler les représentations officielles» d'une manifestation qu’ils considèrent comme trop bourgeoise.

Outre le scandale lié au Living, «une œuvre (inconnue) de Gérard Gelas» au titre comique – La paillasse aux seins nus – doit être donnée par la troupe avignonnaise du Chêne noir. Or, le préfet du Gard prit «un arrêté qui en interdisait la représentation comme devant troubler gravement l’ordre public. Etincelle décisive. Avignon prit feu.» La veille, on avait déjà entendu l’Internationale dans les rues de la cité des Papes, entonnée, entre autres par des «filles en minijupes, en pantalons, en shorts, en péplums, des garçons dans des gandouras, certains laissant pendre les pans de leur chemise fleurie, d’autres en blousons de cuir ou vestes de paras, beaucoup coiffés d’invraisemblables chapeaux, la plupart barbus et presque tous échevelés».

Quelle époque! Dans cette faune qui choque le bourgeois provençal, arrive, «crinière au vent, plus mage inspiré que jamais», Julian Beck, pour offrir son soutien aux comédiens du Chêne noir. La manifestation prend de l’ampleur, les CRS avancent sur la place, somment les «voyous» de se disperser. «Bousculades, matraquages, quelques arrestations, refoulement de la plus grande partie des jeunes gens.» Les gendarmes nettoient la place et cernent la chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction à Villeneuve-lès-Avignon.

Si, durant cet été contestataire dans le monde entier, la ferveur de Mai retombe un peu partout en France, le Festival d’Avignon paie le prix de son maintien, coûte que coûte. Ce n’était pas le cas, par exemple, de celui de Cannes, deux mois plus tôt, qui avait été, lui, sérieusement écourté.

Lire aussi:  Dans le chaos de Cannes 1968, le premier festival inachevé

Dossier
L'été 68 au jour le jour

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