Revue de presse

L’été 68: le début de la fin de l’école encyclopédique

A la fin des années 1960, si les hautes écoles sont sens dessus dessous, les spécialistes se rendent aussi compte que l’enseignement secondaire ne correspond plus aux besoins de la société d’alors

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

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En cet été 1968, il n’y a pas que les hautes écoles qui se remettent en question. Un pédagogue comme René Liardet, dans la Gazette de Lausanne du 25 juillet, prône aussi des méthodes renouvelées dans l’enseignement secondaire, qui correspondraient mieux, selon lui, à la spécialisation toujours plus grande des études supérieures.

Il distingue deux formes d’apprentissage. «La conception qu’on peut qualifier d'«européenne», qui fonde l’instruction sur une accumulation des connaissances et qui veut sauver la formation encyclopédique.» Et la conception anglo-saxonne, «qui réduit le nombre des disciplines de base, mais élargit l’éventail des branches à option, facilitant ainsi une certaine spécialisation», qui connaîtra un essor considérable dans les années 1970.

Une situation «cruelle»

C’est que la situation qui prévalait alors dans les écoles romandes avec les élèves «se destinant à des études supérieures» était plutôt «cruelle» pour eux. Les programmes avaient «enflé dans de telles proportions que la semaine» était devenue «trop courte pour y loger l’enseignement traditionnel»! Et Liardet de déplorer qu’on se contentât alors de «solutions boiteuses, ajoutant ici, retranchant là, cherchant par exemple à augmenter le nombre total des heures de cours en diminuant la durée de chacune», bricolages bien connus des collégiens de l’époque.

Tout cela au lieu de «repenser les programmes, de les charpenter en fonction des besoins de la société, des nouveaux moyens didactiques, des intérêts différents et souvent précoces de la jeunesse actuelle». Aussi Liardet prêche-t-il pour un nouveau baccalauréat, nouveau par son contenu et nouveau par un «contrôle efficace des notions acquises», dans le but de préciser les conditions d’accès à l’université.

L’arrivée des «options»

Alors, quelle solution «vaudoise», puisque l’école est affaire des cantons en Suisse? Un «moyen terme» entre la vision «européenne» et la vision «anglo-saxonne». Liardet détaille: le programme comprendrait «trois disciplines essentielles développant moyens d’expression et raisonnement (la langue d’enseignement, une langue étrangère, les mathématiques); deux branches tirées chacune d’un des domaines suivants: étude de l’homme et sciences expérimentales; enfin, une autre branche à option».

Bref, un cadre qui ressemble assez clairement à quelque chose de «banalisé» aujourd’hui. Mais qui n’allait pas de soi en 1968, puisque ce «programme» était censé «accroître les aptitudes intellectuelles des élèves et inculquer les méthodes de travail indispensables à de futurs universitaires». Encore une fois: des notions pédagogiques de base assimilées comme telles cinquante ans plus tard qui, en plus, étaient étudiées pour «laisser le temps nécessaire à la pratique d’autres activités, intellectuelles, physiques ou artistiques», en abandonnant le bourrage de crâne tous azimuts qu’on croyait susceptible de rendre le cerveau plus plastique, plus ouvert à la multiplicité.

Quantité n’égale pas qualité

Rien de plus faux, la qualité primant le plus souvent sur la quantité. Restent les notes. Liardet est plus nébuleux sur ce terrain, en proposant «un nouveau système de cotation, de 1, pratiquement nul, à 7, excellent, permettant d’éviter les références aux maxima traditionnels, 10 et 20, rarement atteints». Une voie possible, dont l’école vaudoise s’est en tout cas rapprochée – et bien d’autres avec elle – mais certainement moins «révolutionnaire» pour l’époque que ce «dosage équilibré» voulu par Liardet «entre les questions contrôlant les connaissances» et ce que l’on appelait «les compositions». Que les élèves «pourraient rédiger […] dans leur «meilleure» langue»!


Lire aussi notre éditorial de lancement de cette série, en 39 épisodes cet été dans «Le Temps» (01.07.2018): Les beaux restes des révoltes de 1968

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