Revue de presse

L'été 68: Edmond Kaiser témoigne sur le Biafra à la TV romande

Dans le «Journal de Genève» et dans une émission «de l’émetteur romand», le fondateur de Terre des hommes se révèle catastrophé par la tragédie qui se déroule au Nigeria en 1968

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

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Au mois d’août 1968, alors que l’aide humanitaire est engagée pour sauver les civils réfugiés affamés entre le feu des troupes nigérianes et les combattants biafrais, Edmond Kaiser, le fondateur de Terre des hommes (en 1959), livre un témoignage poignant et horrifié pour l’émission Carrefour de la TV romande. L’urgence est telle que, chaque jour, plusieurs centaines d’enfants meurent de malnutrition. Le blocus maritime et terrestre imposé par le Nigeria – on l’a déjà évoqué – a provoqué une catastrophe humanitaire.

Le Journal de Genève, au lendemain du 19 août 1968, a aussi vu des images qui proviennent de la guerre au Biafra. Il écrit que «cette émission diffusée […] par l’émetteur romand n’était pas de la grande télévision» mais qu’elle «représentait, en tout cas, le geste d’hommes de cœur». D’hommes comme Edmond Kaiser, précisément, disparu en 2000 après avoir quitté Terre des hommes et s’être occupé, vingt années durant, de l’association Sentinelles, pour la protection et l’aide aux enfants et aux femmes du tiers-monde, contre la pédophilie et l’excision, notamment.

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Et le quotidien genevois de déplorer: «La famine, à notre époque pourtant de surproduction de vivres, c’est vague. En Afrique, aux Indes, en Asie, elle rôde comme un spectre familier et, bon an mal an, fait quelques millions de victimes. Mais, nulle part, peut-être, plus qu’au Biafra ce fléau n’a pris, sur une même région géographique, un caractère aussi spectaculaire, aussi effrayant.»

Quelques semaines auparavant, Kaiser était rentré «de là-bas, c’est-à-dire vraiment de très loin» et avait «fait circuler des photographies lamentables de femmes, d’hommes et d’enfants réduits à l’état de squelettes» – ce qu’il répète, en pire, devant les caméras de télévision. D’ailleurs, «le temps que ces photographies parviennent jusqu’à nous, la mort pour la plupart d’entre eux avait dû déjà faire son œuvre».

Des documents accablants

«Une telle émission, diffusée à 20h30», conclut le (ou la?) critique du Journal, «a dû gâcher bien des digestions»… Considérations physico-horaires qu’il nous conseille cependant d’évacuer prestement: «Que nos réactions apitoyées ne s’en tiennent pas à ces légers troubles organiques.» Etrange manière d’aborder le problème posé par ces «accablants documents», mais «notre espoir, et celui de la télévision qui met au service de cette entreprise humanitaire l’énorme pouvoir d’information et de persuasion dont elle dispose, c’est que les victimes innocentes d’un conflit fratricide auront pu […] survivre grâce à la solidarité internationale».

Les besoins sont gigantesques

Edmond Kaiser ne se fait pourtant pas d’illusions: en fait, il témoigne de l’exact contraire. Car les besoins sont gigantesques, que tentent de combler la Croix-Rouge, l’EPER et Terre des hommes: «Il faut, selon les estimations les plus modérées, quelque 250 tonnes de vivres par jour pour éviter l’une des plus épouvantables hécatombes des temps modernes.» Las, «par des avions qu’on dit «pirates» parce qu’ils n’ont pas obtenu l’autorisation administrative de sauver des enfants en danger de mort, le dixième à peine de cette quantité minimum parvient au Biafra».

Dans ces cas-là, il faut beaucoup, beaucoup d’argent. «Pour plus d’avions, plus d’équipages acceptant de se risquer la nuit, en rase-mottes, au-dessus de la forêt vierge, plus de vivres, plus de médicaments, plus d’équipes sanitaires.»

L'été 68 au jour le jour

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