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Georges Pompidou, premier ministre et député du Cantal, en campagne électorale à la télévision pour le second tour des législatives de juin 1968.
© Jean Claude Mallinjod

Revue de presse

L’été 68: Georges Pompidou, le recordman de Matignon

Après les législatives de la fin de juin 1968 et le raz-de-marée gaulliste qui s’ensuivit, la «Gazette de Lausanne» pensait que l’héritier désigné du général de Gaulle demeurerait premier ministre

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Episode précédent:

En France, le quatrième gouvernement conduit par Georges Pompidou est surtout marqué par les événements de Mai 68. A la fin du mois, celui-ci avait présenté sa démission au général de Gaulle, considérant le fait que le président avait pris contact avec l’armée sans l’avertir comme un désaveu personnel. Mais au final, le premier ministre sort renforcé de la crise, et les législatives de la fin de juin sont marquées par un véritable raz-de-marée gaulliste.

Comme le veut la tradition, Pompidou donne cependant une nouvelle fois son congé à l’Elysée, mais de Gaulle fait mine dans un premier temps de le refuser, tout en confirmant son départ cinq jours plus tard. Celui-ci sera officiel le 10 juillet 1968, le président de la République enjoignant à son «poulain» de «se sentir prêt à accomplir toute mission et à assurer tout mandat qui pourrait un jour lui être confié par la nation».

On connaît la suite. Mais en attendant, le 3 juillet 1968, René Lombard, le correspondant à Paris de la Gazette de Lausanne, se demande si l’homme aux célèbres sourcils restera à Matignon. Car «l’importance même de la victoire électorale acquise, écrit-il, oblige en haut lieu les têtes pensantes du régime à un réexamen de leur politique et de leur stratégie». Pompidou lui-même sème le trouble dans Paris-Presse en prononçant une phrase dont l’entame est: «Quel que soit le gouvernement qui succédera au mien…» Et ajoute «d’autres propos ambigus du même genre, ironise Lombard, comme si le départ effectif du premier ministre était possible». Possible.

Le rédacteur confirme cette hypothèse à laquelle il ne croit pas vraiment: que «le dauphin» désigné par le général soit «en quelque sorte mis en réserve» dans la perspective de la prochaine présidentielle, au cas de plus en plus probable où elle devait avoir lieu avant la fin du septennat. Ce qui se révélera être effectivement le cas après l’échec du référendum d’avril 1969 sur la réforme du Sénat et la régionalisation.

Voilà pour la «thèse», consistant à penser que le candidat gaulliste à l’Elysée ferait mieux de «prendre du champ pour se façonner un nouveau personnage»: à Matignon plus de six ans, Georges Pompidou est encore, en 2018, le premier ministre français resté le plus longtemps en fonction, de 1962 à 1968. Selon son mentor historique, il doit «arriver à l’élection avec des chances personnelles et politiques intactes». Lorsqu’il sera interrogé sur la façon dont il voit son avenir lors d’un voyage à Rome en janvier 1969, il répondra d’ailleurs: «Ce n’est un mystère pour personne que je serai candidat à une élection à la présidence de la République quand il y en aura une, mais je ne suis pas du tout pressé.»

René Lombard ne pouvait pas le savoir six mois avant, mais son erreur d’appréciation a été de ne jamais douter une seconde que le premier ministre se succéderait à lui-même. L’homme de la Gazette à Paris se fondait alors sur l’adresse de Pompidou à ses nouveaux élus au Palais Bourbon, où il avait tenu un discours de «chef présent et futur de la majorité». «Tout se passe, écrit-il, comme s’il préparait lui-même, dans le sens indiqué par le général de Gaulle», un cinquième cabinet, avec un important remaniement. Y feraient alors leur entrée de nouveaux «hommes» du clan – on ne parle pas de femmes – car de toute manière, les faits sont là: en dehors des vainqueurs de ces élections où l’Union des démocrates pour la République (UDR), nouveau nom du parti gaulliste, a obtenu à elle seule la majorité absolue avec 294 sièges sur 485, «en dehors de nous, dit Pompidou, il n’y a rien».

Dossier
L'été 68 au jour le jour

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