Revue de presse

L’été 68: la grande menace nucléaire chinoise

Alors que l’URSS et les Etats-Unis recommencent à négocier «l’équilibre» de leurs forces nucléaires au siège genevois de l’ONU en juillet 1968, c’est plutôt Pékin la communiste, croyait-on, qui représentait le plus grand danger

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Episodes précédents:

L’actuelle Conférence du désarmement de l’ONU est un héritage des nombreuses instances qui l’ont précédée depuis 1932 – alors sous l’égide de la Société des nations – dont le Comité des 18 puissances sur le désarmement qui a siégé de 1962 à 1968 à Genève. Ce comité reprend ses pourparlers le 16 juillet 1968 au Palais des Nations, comme l’explique la Gazette de Lausanne du même jour.

Et aussi étrange que cela puisse paraître cinquante ans après, Victor Friedmann, l’auteur de l’article, précise d’emblée qu’il règne une «entente relativement cordiale» entre «les Deux Grands», pourtant en pleine guerre froide. Les Etats-Unis et l’URSS coprésident cette conférence. La seconde est la plus revendicatrice, elle «veut interdire le survol de territoires étrangers par des bombardiers atomiques américains», en raison du fait que ses propres forces nucléaires sont inférieures, prétend-elle. Mais la situation est provisoire: tout le monde se doute bien que Moscou est en train de réarmer.

«Saluer le Pentagone»

Dans ce contexte, le PC soviétique a un talon d’Achille, qui se nomme Tchécoslovaquie. En ce domaine, «nul ne peut prévoir» comment Leonid Brejnev réagira au cas où la politique d’Alexandre Dubcek à Prague lui «déplairait par trop», ce qui est en réalité déjà très largement le cas. L’inconnue majeure, pourtant, se situe beaucoup plus à l’Est, c’est celle de la Chine populaire. «Son développement atomique est de nature telle qu’il oblige les experts à calculer à quelle date Pékin mettra sur orbite un minisatellite.» Dans cette perspective, Friedmann a alors cette formule rhétorique presque poétique: «Si, du ciel, un tel engin venait saluer le Pentagone, son importance politique ne serait-elle pas grande?»

Il faut dire aussi que le spécialiste spatial du Sunday Telegraph, à Londres, semble détenir des informations béton sur ce qui se passe dans l’Empire du Milieu: il a «mis au point un prototype de missile balistique intercontinental; la construction de fusées à longue portée progresse; les atomistes chinois seraient capables de fabriquer des ogives nucléaires d’une manière «plus simple» que leurs homologues occidentaux».

Bref, vérifiés ou non, ces menaces et ces bruits dans les couloirs du siège genevois des Nations unies font froid dans le dos. Ils énervent suprêmement les civils antinucléaires et les anti-guerre en général, déjà passablement échaudés par le conflit au Vietnam qui s’éternise. Si l’on se souvient que Wernher von Braun, l’ingénieur allemand naturalisé américain en 1955, a joué un rôle majeur dans le développement des fusées outre-Atlantique, la même année, «le programme nucléaire chinois [avait] connu un début de réalisation».

C’était, rappelle la Gazette, lorsque Chien Hsuh-shen, victime du maccarthysme, fut contraint de quitter le Jet Propulsion Laboratory de Californie, cette coentreprise entre la NASA et Caltech chargée de la construction et de la supervision des vols non habités de la NASA. Sous-entendu, de cela aussi, les négociateurs soviétique et américain devraient se souvenir. Car en 1968, les spécialistes savaient très bien que «quelque part» au fin fond de la Chine, loin des yeux de tous, «le Dr Hsuh-shen» était déjà à la tête d'«installations de recherches nucléaires» qui pesaient lourdement, désormais, «dans les rapports internationaux».

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