Revue de presse

L’été 68: l’horreur de la guerre du Biafra en direct

Au Nigeria, ce conflit de territoires de la fin des années 1960 a conduit à une terrible famine de la population. Elle fut la première de l’histoire à être si médiatisée, ce qui contribua à l’essor des actions humanitaires

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

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La guerre du Biafra (1967-1970) avait commencé par la sécession de cette région orientale du Nigeria. A la suite d’un blocus définitif en mai 1968, lorsqu’il se voit privé d’un accès à l’Atlantique, le Biafra sera plongé dans une terrible famine qui entraînera la mort de plus d’un million de personnes. Largement médiatisée sur la scène internationale par un photojournalisme et une télévision en plein essor, elle montre aux populations occidentales le dénuement total des populations de ces terres pourtant riches en pétrole. L’intervention de l’ONU n’ayant eu aucun effet, on assiste alors à une modification de l’aide humanitaire, qui prône une ingérence directe pour venir en aide aux réfugiés. C’est l’acte de naissance de Médecins sans frontières, par exemple.

Il faut dire que ces images, exposées pour la première fois à la vue du monde entier, sont insoutenables. «Je n’ai rien vu d’aussi horrible depuis Dachau», s’exclame un responsable de Terre des hommes, de retour d’Afrique. Celui-ci décrit: «Partout, c’est la misère la plus totale. […] Dans les camps, il y a les maigres, les squelettes; et puis il y a les bouffis, ceux qui souffrent de l’œdème de la faim, avec des escarres ouvertes partout, […] complètement dépigmentés. […] Dans ces visages de moribonds, il n’y a plus que les yeux qui sont encore vivants.» Les enfants occidentaux de l’époque ne comprenaient d’ailleurs pas comment les jeunes Africains pouvaient avoir un aussi gros ventre en n’ayant rien à manger.

Celles et ceux qui ont vu ces images TV en noir-blanc s’en souviendront pour toujours. A l’époque, ce fut un vrai choc. Comment donner à manger à tous ces malheureux qui n’avaient, «dans le meilleur des cas, que de l’igname et un kilo et demi de viande à faire bouillir dans des marmites pour près de 1100 personnes pendant trois ou quatre jours», dans un des camps vus par le responsable humanitaire? Constat terrible: on crève de faim par centaines de milliers au Biafra! C’est «un génocide de fait», est bien obligée de constater la Gazette de Lausanne du 26 juillet 1968. Et l’on en est arrivé à une telle dose d’horreur que les enfants victimes du conflit exacerbent encore ces regrets «de ne pas mourir d’une balle plutôt que de mourir de faim».

Des bâtons dans les roues

Terre des hommes va se lancer dès lors dans la bataille. En demandant «de l’argent, beaucoup d’argent» à ses amis. Car il faut «des protéines et des produits vitaminés, du lait en poudre spécial pour éviter la gastro-entérite, des légumineuses et du poisson séché, du sucre». L’organisation promet d’en acheminer. Elle y réussira partiellement et, à ce moment-là, espère encore «pouvoir prendre en charge quelques centaines de milliers d’enfants orphelins, abandonnés et affamés un peu partout».

Mais malheureusement, «sauver des enfants», ce n'est déjà pratiquement plus possible en 1968. Le gouvernement et l’armée nigérians mettent de sérieux bâtons dans les roues de Terre des hommes. La stratégie d’étouffement des poches de résistance biafraise par les soldats a conduit à un écrasement irrémédiable et sanglant de la révolte, aggravé par les attaques contre les humanitaires chargés de vivres de première nécessité. L’absurdité de la situation fait que «quand on demande aux médecins ce que l’on peut faire pour soulager ces gens, c’est tout juste s’ils ne partent pas d’un grand éclat de rire», en répondant: «Leur donner à manger, bien sûr»…

Dossier
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