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Le 29 juin 1968, les manifestants du «Globus-Krawall» se heurteront violemment à la police.
© Keystone/Photopress_Archiv

Revue de presse

L'été 68: nuits chaudes chez Globus, à Zurich

Aux derniers jours du mois de juin 1968, la police matraque sur les bords de la Limmat. La Suisse libérale est outrée

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

L'été 68 au jour le jour: tous les épisodes parus

«O temps, ô mœurs, soupirait déjà un certain Cicéron devant les frasques d’un certain Catilina, qui n’avait même pas l’excuse de la jeunesse», conclut lyriquement le correspondant à Berne du Journal de Genève, au terme de l’article qu’il consacre le 2 juillet 1968 aux «nuits chaudes» de Zurich. Nuits au cours desquelles  3000 personnes manifestent contre l’évacuation du centre autonome des jeunes sis dans l’ancien magasin Globus. Après un mois de protestations diffuses, les affrontements avec la police font 60 blessés. Métaphore filée et localisation antique de ces nouvelles dont les médias zurichois se font l’écho: «l’Athènes de la Limmat».

Dans la foulée des «enragés» du Quartier latin, ces forces qui «entendent faire de la provocation systématique un instrument de leur politique» rendent folle la presse alémanique, outrée de cette incursion dans les locaux du symbole du capitalisme et de la société de consommation triomphants. Georges Perrin, dans le Journal, fustige aussi cette manière de frôler «d’abord l’illégalité, de sorte que les autorités tolèrent d’abord les rassemblements» au nom de la liberté d’expression, «puis, pas à pas, on passe la limite et, lorsque les forces de l’ordre sont obligées d’intervenir, on les accuse d’avoir, les premières, usé de violence et mis de la sorte les manifestants en état de légitime défense».


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Le journaliste relève aussi que sur place, pour le Tages-Anzeiger, «la jeunesse de 1968 n’a pas pour tâche de répandre la violence, mais de lutter, avec d’autres, pour un monde sans violence». Aussi, le parti radical cantonal n’y va-t-il pas par quatre chemins, relate la Gazette de Lausanne parue le même jour, en demandant notamment d'«interdire la poursuite de leurs études aux étudiants et collégiens reconnus coupables, et d’expulser tous les étrangers qui ont pris part aux désordres», une trentaine sur 150 personnes arrêtées par la police.

Une «réprobation sans réserve», donc, à laquelle s’opposent «quelques timides essais d’explication», où l’on sent bien que la démocratie helvétique est très, très loin d’être fière de ce qui s’est passé en sa plus grande cité. Car «les journaux locaux rapportent de nombreux exemples de brutalités commises par les policiers sur des badauds, des reporters et des manifestants». Cité par la Gazette, le Blick raconte même que «des jeunes gens et jeunes filles ont reçu des coups de bottes dans les parties génitales» et il publie la photographie d’un jeune homme «portant de nombreuses traces de matraquage dans le dos».

C’est «inexcusable»

Bref, dans la paisible Suisse dont la jeunesse s’est vaguement révoltée lors des Journées de l’armée à Genève deux semaines plus tôt, ces violences totalement inhabituelles sont lourdement stigmatisées. Pour le Tagi, tout cela est simplement «inexcusable»: «Les blessés […] suffiront-ils à provoquer un amer, mais tardif réveil? Ceux qui refusent de se placer délibérément en marge des lois et qui gardent le sens de leurs responsabilités comprendront-ils enfin que de telles manifestations impliquent de sérieux dangers et surtout desservent la cause qu’elles prétendent défendre?»

De facto, ces événements provoquent «une telle émotion que les personnalités les plus en vue des deux camps» font l’objet d’excès très graves, selon la Gazette. Le chef de la police lui-même subit des menaces de mort, «tandis que des étudiants progressistes sont injuriés et intimidés même à leur domicile de façon anonyme».

C’est un épiphénomène, mais ces nuits demeurent l’emblème du Mai 68 suisse… deux mois plus tard.


Notre éditorial du 2 juillet 2018: Les beaux restes des révoltes de 1968

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