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Le pape Paul VI en visite en Colombie, en août 1968.
© Rolls Press/Popperfoto/Getty Images

Revue de presse

L’été 68: le pape Paul VI condamne la contraception

Avec l’encyclique «Humanæ vitæ» en 1968, le souverain pontife sème la confusion dans un monde où le progrès que représente l’avènement de la pilule ne peut être condamné de manière doctrinaire

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Episodes précédents:

 

 

«Fallait-il demander au pape» ce qu’il en pensait? De toute évidence, la réponse serait «non» aujourd’hui, et pour Bernard Béguin, dans son éditorial du Journal de Genève du 8 août 1968, également. On parle ici de contraception, et plus particulièrement d’Humanæ vitæ, l’encyclique «sur le mariage et la régulation des naissances» que vient de promulguer le pape Paul VI. Ce titre correspond aux deux premiers mots de la version latine du texte: «Humanæ vitæ tradendæ munus gravissimum», soit «le très grave devoir de transmettre la vie humaine».

Un euphémisme

A l’époque, cette lettre causa la surprise, car elle déclarait «intrinsèquement déshonnête» toute méthode artificielle de régulation des naissances prônée par le néomalthusianisme ou revendiquée par les associations féministes, réaffirmant ainsi la tradition face à une opinion publique très largement favorable à un assouplissement de la doctrine. Béguin parle même de «confusion spectaculaire», car sur le plan ecclésiastique, l’autorité du souverain pontife est telle que si on lui pose «la question précise de la contraception – et l’on attendait du pape une réponse précise – on ne peut espérer une réponse qui plaise à tout le monde». Ici, on a affaire à un euphémisme, si l’on sait que cette prise de position déclencha ensuite une profonde crise d’autorité dans l’Eglise.

Du lait dans un snack-bar

C’est un premier point. Le deuxième est relatif à la morale, et là, le Journal se montre nettement moins souple, en écrivant que «la commercialisation ouverte des produits contraceptifs», cette grande révolution des années 1960 pour la liberté des femmes, qui ont longtemps supporté seules «les conséquences d’un colossal égoïsme» des hommes, «crée un climat de facilité dans lequel l’acte sexuel ressemble de plus en plus à la consommation d’un verre de lait dans un snack-bar». L’image est amusante à une époque où «la peur de l’Enfer n’est qu’un piètre renfort».

Et puis, «reste le plan sociologique», que Paul VI a complètement oublié. Notamment «le problème des pays en voie de développement menacés par la démographie galopante». Et l’on ne parlait bien sûr pas encore de sida! «Là, il faut bien dire», selon Béguin toujours, que le pape «ne semble pas avoir mesuré l’ampleur et la nature du problème». Et d’argumenter: «La méthode du calendrier, déjà précaire dans les sociétés évoluées, devient tout à fait dérisoire dans des communautés traditionalistes obéissant à de tout autres critères de comportement conjugal.» La «pilule» – observons les guillemets de la nouveauté – «n’est peut-être pas la panacée. Mais elle est l’un des moyens disponibles pour enrayer un cataclysme.»

Condamnation «urbi et orbi»

Que les bébés meurent donc de faim? «Paul VI n’a pas voulu dire cela, et pourtant c’est l’impression qu’il a créée.» Et c’est comme cela qu’il a préservé la doctrine, regrette le quotidien genevois. Alors qu’«il ne pouvait y avoir de réponse simple» sans créer un immense désarroi, jusqu’à l’intérieur de l’Eglise elle-même, partagée entre applaudissements et scepticisme. «En la condamnant urbi et orbi», cette pilule, «le pape donne le sentiment d’une inhumaine indifférence» et, politiquement, d’une vision centrée sur les régions les plus favorisées du monde.

Ce qui énerve, évidemment. Mais en 2008, pour les 40 ans de cette encyclique, cela n’empêchera pas le pape Benoît XVI de réitérer la position officielle de l’Eglise catholique. Pour le pontife émérite, la seule contraception admise, c’est «l’observation des rythmes naturels de la fertilité de la femme». Avec une exception, une seule: le préservatif antisida.

Dossier
L'été 68 au jour le jour

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