Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Alexander Dubcek (1921-1992), le chef du PC tchécoslovaque, refuse de plier devant les menaces de Moscou.
© Jovan Dezort/CTK Photo

Revue de presse

L’été 68: à Prague, Alexander Dubcek pense faux, dit l’URSS

Face au Printemps tchécoslovaque qu’il ne parvient pas à endiguer, Moscou tente de rallier ses satellites à la cause de l’orthodoxie communiste en juillet 1968. Subtil exercice de propagande

Du lundi au vendredi en juillet-août, «Le Temps» plonge dans ses archives historiques pour vous faire revivre l'été de l'année 1968. Deux mois de contestation tous azimuts dont on fête le jubilé cette année, avec le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne».

Episodes précédents:

On l’a vu, la grande affaire politique de l’été 1968, c’est le Printemps de Prague, que Moscou ne parvient pas à freiner. Le maître de l’URSS, Leonid Brejnev, exige une modification de la ligne libéralisante en Tchécoslovaquie, mais Alexander Dubcek, à la tête du pays depuis sept mois et très soutenu par la population, s’y refuse. Aussi Claude Monnier – décédé en 2016 – affûte-t-il sa plus belle plume le 17 juillet dans le Journal de Genève pour livrer une explication très claire, «pédagogique», de ce qui se trame au-delà du Rideau de fer.

Celui qui deviendra rédacteur en chef du Journal deux ans plus tard rappelle d’abord cette évidence: «L’URSS est une superpuissance.» Elle pourrait donc, selon lui, si elle le voulait, «balayer la Tchécoslovaquie de la carte en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire». Pourtant, elle joue la prudence, momentanément en tout cas, et «quête l’appui de ses satellites», ces «petits Etats que l’on disait soumis à sa férule».

Lire aussi:  L’été 68: Leonid Brejnev menace la Tchécoslovaquie

Cela s’explique. «Moscou n’a pas encore eu le temps, historiquement, de s’habituer à être une Puissance conservatrice, une Puissance attachée au statu quo.» Elle «craint le virus révolutionnaire comme la peste. Le temps où la révolution, c’était elle, est encore trop proche», écrit Monnier. Pourtant «forts», voici qu'«idéologiquement», les Soviétiques s’avèrent «fragiles, ils se cabrent, ils refusent de changer, ils se sclérosent, ils s’aveuglent, comme les tsars jadis s’aveuglèrent». Le journaliste avait raison de dire – mais plus de vingt ans trop tôt – que «la centralisation excessive et la planification impérative» constituaient alors «un gaspillage qui […] peut être mortel».

«Etranges limites»

D’où ce terme utilisé par Monnier: angoisse. «Angoisse parce qu’en Tchécoslovaquie se produit une libéralisation» que les nouveaux tsars «ne comprennent pas». Et dans cette incompréhension, «Moscou ne sait pas vraiment que faire». Certes, «avec des tanks, on peut changer un gouvernement, mais on ne peut que difficilement obliger un peuple tout entier à agir contre ses intérêts évidents dans la pratique quotidienne». «Etranges limites», juge le quotidien genevois, «que les forces profondes qui agissent en Europe orientale imposent à la toute-puissante URSS».

On sait comment tout cela finira, un bon mois après. Avec des «tanks», précisément. Dans les rues de Prague, à l’ulcération générale du monde. Cela, Claude Monnier ne le savait évidemment pas encore. Mais pour l’heure, il regarde avec malice cette Puissance – avec la majuscule un brin ironique – venir se convaincre auprès de ses satellites qu’elle a raison, «psychologiquement», de gonfler les muscles, dans un réflexe de survie face à sa «subtile angoisse».

«Moscou, tel le géant invincible transporté tout à coup dans un monde de rêve où tout lui échappe», a donc «besoin de se réassurer». Alors elle dit: «N’est-ce pas que je pense juste? Vous pensez comme moi, vous autres? N’est-ce pas que hors de notre foi, il n’y a pas de salut?», faisant en vain miroiter aux yeux des incrédules un autre rêve, celui du communisme réalisé. Le Journal, de ce point de vue, voit parfaitement juste en concluant: pour l’URSS, «il y va, au-delà des mots, de son poids politique dans le monde». Dubcek et les Tchécoslovaques s’en souviendront.

Dossier
L'été 68 au jour le jour

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)