Nouvelles frontières

L’été magique de Vladimir Poutine

OPINION. Et si la Russie battait l’Espagne dimanche? Rien ne semble aujourd’hui impossible pour la Russie de Vladimir Poutine, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Vladimir Poutine est en état de grâce. Depuis deux semaines, le monde entier a les yeux rivés sur la Russie pour assister à une Coupe du monde de football sans fausse note. Les stades sont magnifiques et bien remplis, l’accueil des Russes est à la hauteur de leur réputation d’hospitalité et l’équipe russe met des buts. Mais il y a bien plus que cela.

Depuis sa confortable élection pour un quatrième mandat, en mars dernier, le président russe engrange les succès. Sur le plan intérieur, l’opposition libérale et démocrate est atomisée, les ultranationalistes tenus en laisse, la kleptocratie mise en place par le président tient bien le pays. Et si les cours du pétrole – la matrice de l’économie russe – donne un coup de mou, Vladimir Poutine s’arrange avec l’Arabie saoudite pour les faire repartir à la hausse en serrant le robinet. L’horizon est dégagé, l’euphorie de la Coupe du monde permettant au passage de faire avaler les mesures impopulaires, comme une hausse de l’âge de la retraite.

Le monde se plie à son bon vouloir

Sur le plan international, le président a davantage encore de raisons d’être satisfait. C’est comme si, après une longue attente, le monde se pliait à son bon vouloir, le laissant récolter enfin les fruits de politiques engagées il y a plusieurs années de cela.

Au Proche-Orient, Moscou est ainsi parvenu à imposer sa Pax russiana grâce à ses victoires aux côtés de Bachar el-Assad pour reprendre le contrôle de la Syrie. Vladimir Poutine discute aujourd’hui avec toutes les puissances régionales – Iran, Arabie saoudite, Turquie et Israël – alors que les dernières poches de résistance au pouvoir syrien sont sur le point de céder. Il est en position d’arbitre.

On parlera de réchauffement russo-américain, ce sera une bérézina pour l’Europe libérale

En Europe, le vent est tout aussi favorable. Si l’UE vient de reconduire ses sanctions contre Moscou pour son intervention en Ukraine, ce pourrait bien être le dernier baroud d’honneur des «européistes». Election après élection, Vladimir Poutine voit ses amis nationalistes s’installer au pouvoir, comme en Italie ou en Autriche, ou gagner en vigueur en Europe de l’Ouest. Ils rejoignent le camp des amis de la Russie à l’est, Hongrie en tête, ou au sud avec la Grèce.

En Asie, c’est encore mieux. Alors que le G7 implosait au Canada, Vladimir Poutine a pu afficher son unité de vue avec Xi Jinping lors d’une rencontre à Qingdao de l’Organisation de coopération de Shanghai, sorte de pendant est-asiatique de l’OTAN. La détente inter-coréenne est prometteuse, Moscou et Séoul rêvant déjà d’un nouvel axe de communication à travers la péninsule pour faire transiter le gaz russe. De passage à Moscou – pour voir son équipe éliminer l’Allemagne –, Moon Jae-in s’est lancé dans un éloge très apprécié des «valeurs eurasiennes» incarnées par la Russie de Poutine.

Grâce à l’ami Donald

Le plus positif vient toutefois des Etats-Unis. Au lendemain de la finale de la Coupe du monde, Vladimir Poutine rencontrera Donald Trump à Helsinki, lieu symbolique s’il en est pour signifier la volonté de détente entre les deux pays. Juste après un sommet de l’OTAN, que beaucoup d’Européens craignent de voir tourner au vinaigre, le président américain pourrait bien donner le coup de pouce final au chef du Kremlin en approuvant sa politique syrienne – et donc le triomphe de Bachar el-Assad – et en validant la mainmise de Moscou sur la Crimée. Pourquoi le ferait-il? Car Donald Trump partage avec Vladimir Poutine une lecture commune du monde avec le conservatisme chrétien, le souverainisme et le protectionnisme pour valeurs clés. On parlera de réchauffement russo-américain, ce sera une bérézina pour l’Europe libérale.

Que demander de plus? Une victoire dimanche contre l’Espagne. Pour la Russie de Poutine, tout semble aujourd’hui possible.

Publicité