Au début de l’histoire était le Touring Club de France (TCF), créé en 1890 par un groupe de vélocipédistes, comme on appelait alors les usagers de cet appareil de locomotion à deux roues en bois cerclées de fer, de diamètre inégal, fonctionnant à l’origine par le seul secours des pieds posés sur le sol. Puis perfectionné en 1861 par l’ajout de pédales (draisienne à pédales) jusqu’à l’actuelle bicyclette.

Le TCF a été liquidé en 1983 à la suite de graves problèmes financiers. Mais à la fin du XIXe siècle, c’est bien lui qui s’est trouvé à l’origine d’âpres négociations entre la France et la Suisse pour obtenir des douanes respectives de ces deux pays – et d’autres comme la Belgique et l’Italie – une réciprocité en matière de libre passage des fameux vélocipédistes aux frontières. Soit avec une simple carte d’identité, afin de «faciliter les pérégrinations» et «éviter les fraudes possibles» par des entrées «en franchise temporaire» des vélos, comme l’expliquent le Journal de Genève du 21 mars et la Gazette de Lausanne du 17 septembre 1896.

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C’est pour toutes ces bonnes raisons, voulues par nos ancêtres de la libre circulation, qu’en plein été, le Journal fait état d'«une première réunion», à Genève, convoquée pour répondre «à la demande de nombreux cyclistes suisses» de «jeter les bases d’un Touring-Club national». Aussitôt pensé, et presque aussitôt fait: au début du mois de septembre a lieu l’assemblée constitutive du Touring Club Suisse (TCS), à Genève, comme le relatent la Gazette et le Journal. But de l’entreprise:

Durant ces jours glorieux, et encore jusqu’à la mi-octobre 1896, Genève abrite la 3e Exposition nationale suisse, qui attire de nombreux visiteurs au bout du lac, et parmi eux, tels que le relate le Journal du 29 juillet, cet afflux sur deux roues organisé par le Touring Club de Paris, qui «a eu l’excellente idée d’organiser […] une excursion de cyclistes» vers les rives du Léman:

Mais revenons au XXIe siècle. Ce 1er septembre 2021, le TCS fête donc les 125 ans de sa fondation. Et c’est en partie à cette occasion qu’il offre un soutien logistique et financier au Temps, qui entame ce jour son tour de Suisse à vélo en 15 étapes: de la douane de Bardonnex (GE) à la ligne d’arrivée, le 14 octobre prochain, au Forum des 100, qui se déroulera au SwissTech Convention Center, sur le campus universitaire lausannois. Hashtag: #LeTempsAVélo.

En montant en selle, les personnels du Temps et de Heidi.news retournent donc en quelque sorte aux sources, «vélocipédiques», du TCS. Dont le but à l’origine, comme l’explique le Journal du 4 septembre 1896, consistait entre autres à «propager en Suisse l’œuvre des poteaux indicateurs des descentes dangereuses. […] Ces poteaux seront un nouvel élément de sécurité pour les excursionnistes et, en prévenant des accidents toujours si regrettables à tous les points de vue, contribueront au développement et à l’accroissement du tourisme en Suisse de la part des étrangers que les beaux sites de notre pays attirent en foule chaque année.»

Pierre Pertuis et le Bugnon…

Un de ces premiers poteaux est posé au col de Pierre Pertuis, entre Sonceboz et Tavannes (BE), «descente où se sont produits depuis quelques années plus de cinquante accidents dont un grand nombre de très graves». D’autres suivront, nombreux, dont celui «placé devant le cimetière de La Sallaz [à Lausanne], au commencement de la très forte descente du Bugnon». Le Journal parle aussi, au seuil du printemps 1897, de l’inauguration d’un de ces poteaux à Peney, vers Satigny, offert au TCS par le Bicycle-Club de Genève, avec cette indication pratique pour les participants vélocipédistes:

Départ de la Taverne du Crocodile à 2 heures

Le succès se révèle immédiat pour cette entreprise bienfaitrice voire philanthropique; et «utile non seulement aux cyclistes mais à tous les touristes voyageant en automobiles ou en voitures» (Gazette du 1er octobre): «Après un mois d’existence, le Touring Club compte déjà près de cinq cents membres, répartis dans toute la Suisse.» Au point que l’été suivant, en 1897, l’association est en passe de devenir le lobby routier que l’on connaît aujourd’hui, comme en témoigne cette lettre écrite de Lausanne à la Revue du Touring Club Suisse et republiée par la Gazette, à propos du «cycliste électeur»:

Quelques jours plus tard, la même Gazette évoque aussi l’Annuaire du TCS 1897-1898, qui constitue un régal de journalisme stylé donnant «des indications sur le régime douanier de la Suisse et des pays voisins, avec la manière de s’y prendre pour n’avoir pas maille à partir avec les gabelous» – encore eux. Cette publication, «c’est vraiment le vade-mecum du vélocipédiste, c’est-à-dire de tout le monde, puisque tout le monde a maintenant une bicyclette, sauf les gâteux et quelques vieux rétrogrades».

A l’heure du vélo électrique et d’internet, ces derniers n’ont qu’à bien se tenir.


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