Pouvez-vous définir le sigle LGBTQIA+? Cette question, j’ai souvent voulu la poser à mon entourage, en particulier aux personnes plus âgées. Ça pourrait faire un chouette micro-trottoir, remarque, avec un florilège de réponses bien fantasques… et son lot de: «Tiens, ils ont encore ajouté une lettre? On les choisit au hasard dans une soupe-alphabet?»

Derrière ces soupirs agacés, la même perplexité: mais pourquoi ce besoin maladif de tout étiqueter? Au final, nous sommes humains et c’est tout ce qui compte, non? La remarque est légitime. Queer, pansexuel, intersexe… pour une génération qui ne jure que par l’ouverture d’esprit et la non-binarité, les millennials paraissent quand même bien décidés à ranger leur genre et leur sexualité dans des cases.

Choixpeau magique

Et toute boîte, qu’on se le dise, est contraignante et réductrice… quand on nous l’impose. Quand la société délimite pour nous ce qu’on peut faire, dire ou aimer. Les filles sont sensibles, les garçons durs à cuire, les végétariens hippies, tout ça a très mal vieilli – même si la Migros semble l’avoir oublié. La vie, ce n’est pas Poudlard: aucun Choixpeau magique pour arbitrer notre identité. Et heureusement qu’il existe plus de combinaisons que quatre pauvres maisons!

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Les cœurs sont fluides et multiples mais ça, tout le monde ne l’a pas encore intégré. Et c’est là que les étiquettes ont leur utilité: ceux qui n’entrent pas dans le moule de la «normalité» ont plus que jamais besoin d’un label pour s’affirmer. Pour réaliser qu’ils ne sont pas ratés ou inadaptés, même s’ils aiment tout autant les hommes que les femmes, même s’ils socialisent différemment que la majorité.

Récemment, un proche m’a confié avoir découvert qu’il était Asperger après des années de malaise. S’il ne changeait rien à sa situation, ce diagnostic l’a soulagé. Et lui permettra peut-être d’échanger avec une communauté qui expérimente les mêmes doutes, le même rejet.

A l’époque d’Oscar Wilde, on parlait d’homosexualité comme de «l’amour dont on ne dit pas le nom». Un siècle et demi plus tard, l’attirance envers les personnes de même sexe commence tout juste à être envisagée sans tabou ni vulgarité. S’il écorche un peu la langue, l’abécédaire LGBTQI n’est pas une coquetterie. Car chaque étiquette, brandie de son plein gré, représente une forme de reconnaissance. Un premier pas vers l’acceptation de soi et du reste du monde.


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