Une poignée de main agressive, à l’horizontale, agrémentée d’une vigoureuse tape sur le dos de la paume ou sur l’épaule: Donald Trump a une manière très particulière de saluer ses hôtes. «Sa prise brutale donne parfois l’impression qu’il est en train de se battre avec son interlocuteur, voire même de lui arracher le bras», note «Le Huffington Post». Tout récemment, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a brillamment résisté au président américain. D’autres n’y sont pas parvenus. Vidéos à l’appui, les réseaux s’amusent à voir dans l’art de la poignée de main un jeu de domination révélateur.

«Les mains disent la vérité, bien davantage que la parole», explique Jacques Briod dans son ouvrage intitulé «La poignée de main». Trop molle, trop dure ou trop hésitante: il y a beaucoup de façons de rater une salutation. Trump, celui que le journaliste Graydon Carter avait qualifié d'«homme vulgaire aux petits doigts», a souvent été raillé pour sa gestuelle. Qu’il les dissimule ou qu’il les arque en forme de «o», pouce contre l’index, lorsqu’il martèle son discours, ses mains font partie de son personnage.

Brutalité dissimulée

Donald Trump nourrit un complexe, avance l’expert Jacques Briod. «Il y a chez lui une brutalité dissimulée sous des airs patelins.» En se présentant paume vers le bas, le président donne l’air de montrer patte blanche. «En refermant sa main sur son interlocuteur et en l’attirant fermement contre lui, il transmet un message clair: il n’y a pas d’autre choix que d’être avec moi.»

Justin Trudeau, l’exception

Justin Trudeau, pour y revenir, a déjoué ce scénario lors de sa récente visite à la Maison-Blanche. Les nombreuses vidéos qui circulent de sa rencontre avec Donald Trump donnent l’avantage au Canadien. Arrivé debout près de lui, le premier ministre lui saisit immédiatement l’épaule de son bras gauche pour le maintenir à distance, comme s’il se préparait à être potentiellement tiré en avant. Il amène ensuite la poignée de main près de lui, empêchant son homologue américain d’exercer l’effet de levier dont il a l’habitude.

Lors d’un autre rendez-vous, il réfléchit quelques instants avant de se jeter à l'eau. Le regard qu’il lance alors est devenu viral sur le Web. «Quand tu en es réduit à voir dans une poignée de main entre Trudeau et Trump un geste de résistance, c’est que tu es tombé bas dans le désespoir», lance @CyrMarc sur Twitter.

Jeu de domination

Tous n’ont pas eu son talent. Le 11 février dernier, c’est un premier ministre japonais tétanisé qui a passé dix-neuf longues secondes la main prisonnière de la poigne de fer du président américain. Goguenard, Donald Trump maintient la pression en exerçant de brusques rapprochements d’un coup d’épaule. L’expression de soulagement qui se lit sur le visage de Shinzo Abe, vissé sur sa chaise, lorsqu’il peut enfin se dégager de l’étreinte en dit long sur l’expérience vécue.

Le jour de sa nomination, le juge Neil Gorsuch a passé un mauvais quart d’heure. Le coude à angle droit, Donald Trump lui serre fermement la paume, puis referme sa main sur lui en sandwich d’un geste paternaliste. Comme la mâchoire d’un crocodile. «J’ai hâte de serrer la main de Trump», lâche le compte parodique @PoutineFacts. ‏Pour @fredavrick, le président «va faire la fortune des ostéopathes: tu serres la main une fois à Trump, tu prends dix ans de séances.»

Enjeux diplomatiques

Pour les internautes, le langage corporel du président américain regorge désormais d’enjeux. Le journal britannique The Daily Telegraph va jusqu’à dire que le serrage de pince est devenu un indicateur des «affrontements diplomatiques entre Etats». «Le monde a les yeux rivés sur Trump: il ne pourra plus se permettre ses épouvantables salutations sans tomber dans le ridicule», prévient le site américain Mashable.

Mais que cachent ces tics? Soif de pouvoir, troubles obsessionnels du comportement, complexe d’infériorité: l’imagination des internautes n’a pas de limites. Vu le nombre de rencontres officielles prévues à l’agenda présidentiel, la gestuelle trumpienne n’a pas fini de nourrir les spéculations.