Editorial

L’étroit chemin de la dénucléarisation

L’attribution du Prix Nobel de la paix à ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, est un encouragement à la société civile pour défendre la vision d’un monde dénucléarisé. Le chemin est encore long, mais une réaction est nécessaire face à la menace de dérapage

Après Barack Obama en 2009, le Comité du Prix Nobel a une nouvelle fois voulu récompenser les défenseurs d’un monde sans arme nucléaire. Son choix ne pourrait être plus opportun. En honorant l’ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, dont le siège est à Genève (qui peut s’enorgueillir de son 18e Nobel), il émet un message nécessaire. En raison d’une instabilité géopolitique jamais vue depuis 1945, la menace atomique est devenue beaucoup plus sérieuse.

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Si la dissuasion nucléaire a garanti une grande stabilité durant la Guerre froide, elle n’apparaît plus comme la panacée face à des leaders comme le Nord-Coréen Kim Jong-un ou l’Américain Donald Trump, dont on peut questionner la rationalité. Le régime de non-prolifération ne tient par ailleurs qu’à un fil. La crise nord-coréenne est susceptible de déraper à tout moment. La probable remise en question, par l’administration Trump, de l’accord nucléaire avec l’Iran défie le bon sens et la sécurité internationale.

S’il est vrai qu’on ne se débarrassera pas de sitôt des armes nucléaires, Washington étant prêt à moderniser son arsenal et Moscou insistant sur la nécessité de maintenir la parité stratégique avec l’Amérique, une prise de conscience des Etats est plus que jamais nécessaire. En ce sens, le Nobel 2017 est un encouragement adressé à la société civile, seule à même de vraiment forcer en partie le changement.

En mai 2010 à New York, Micheline Calmy-Rey, alors cheffe de la diplomatie suisse, déclarait à la Conférence de révision du Traité sur la non-prolifération que le maintien de dispositifs de défense basés sur l’arme nucléaire était une manière de «jouer de façon irresponsable avec le futur de l’humanité». C’est dans cette logique qu’elle avait poussé la Suisse à être parmi les premiers soutiens de l’ICAN. Didier Burkhalter fut plus prudent.

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A partir du 1er novembre, il incombera à Ignazio Cassis de se positionner face à certains parlementaires fédéraux pour lesquels le parapluie nucléaire occidental reste indispensable. C’est pourtant là que la Confédération a un rôle à jouer. S’appuyant sur Genève, centre de l’humanitaire, de la paix et du désarmement, elle se doit de proposer un chemin, certes étroit mais réaliste, pour rapprocher les Etats nucléaires et antinucléaires et réduire l’importance de telles armes dans la stratégie de défense des Etats.

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