Cher Monsieur,

Vous savez à quel point j’ai aimé travailler avec vous au sein de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) et j’avoue que vos déclarations péremptoires (lire notamment Le Temps du 6 novembre) à propos de la décision de Mme la préfète du Jura bernois m’ont profondément étonnée, vous m’aviez habituée à plus de réserve et d’impartialité! Toutefois, vous avez eu l’honnêteté d’ajouter que vous ne connaissiez pas le détail du dossier, aussi je pense utile de vous fournir quelques éléments qui vous démontreront que vos propos n’étaient pas justifiés!

La procédure pénale a été lancée immédiatement après le vote du 18 juin 2017. Elle n’a été close qu’au début du mois de février 2018. Durant tout ce laps de temps, la préfète ne pouvait bien évidemment pas continuer son travail. De plus, les différents avocats de la commune de Moutier ont systématiquement demandé des prolongations de tous les délais qui leur ont été fixés. Toutes prolongations cumulées, il s’agit de plus de trois mois! Par courrier du 13 décembre 2017, l’avocat de Moutier-Prévôté a demandé le déport de l’avocate de la commune. La commune l’a refusé, ce qui a entraîné une décision incidente de la préfète, contre laquelle la commune a fait recours au Tribunal administratif. Ce dernier a rejeté le recours par décision du 31 mai 2018. Temps supplémentaire perdu depuis février 2018 (et la décision du Ministère public de ne pas donner suite): presque quatre mois.

16,5 mois de traitement du dossier

En conséquence de quoi, sur les 16,5 mois de traitement de ce dossier, il y a au moins huit mois consacrés à la procédure pénale, période durant laquelle la préfète ne pouvait pas avancer et quatre mois supplémentaires perdus en raison de l’obstination de la commune à vouloir garder son avocate, confrontée à un conflit d’intérêts. Et au milieu de tout cela, il faut ajouter les prolongations de délais demandées par les uns et les autres!

Vous admettrez sans doute qu’il eût été difficile dans ces conditions de rendre une décision rapide!

A noter encore que des citoyens de Moutier avaient fait recours pour déni de justice contre la préfète auprès du Tribunal administratif fin avril 2018. Ils prétendaient que cette dernière prenait trop de temps à instruire le dossier. Leur recours a été rejeté par le Tribunal administratif à la fin du mois de mai 2018. Ledit tribunal relevait qu’aucun reproche ne pouvait être fait à la préfète, hormis celui d’avoir été trop généreuse sur les prolongations de délais accordées à toutes les parties. Vous admettrez sans doute qu’il eût été difficile dans ces conditions de rendre une décision rapide!

La raison fait place aux insultes

Depuis juin 2017, l’atmosphère n’était certes pas au beau fixe à Moutier, mais elle était respirable! Depuis le lundi 5 novembre, date à laquelle a été rendue publique la décision préfectorale, elle est irrespirable, la raison ayant fait place aux insultes, à un irrespect crasse et à la violence des mots. Je vous invite à consulter la presse régionale, à faire un bref passage sur Facebook, tout y est très édifiant, les insultes ne s’adressant pas seulement aux Jurassiens bernois ou aux autorités cantonales bernoises, mais remontant jusqu’au niveau fédéral. Bref, on assiste à une décrédibilisation en règle des institutions. Or, je vous en sais extrêmement respectueux, elles sont en outre à la disposition de tout citoyen qui veut exprimer son mécontentement. La violence n’est jamais excusable, elle l’est encore moins dans un pays comme le nôtre, et pourtant… Je vous prie de croire, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.

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