Je vous observe de là où je me trouve. Là, c’est souvent à Genève, parfois ailleurs. Mais toujours à côté de vous, c’est-à-dire près de vous et loin de vous. Près de vous parce que je vous dois beaucoup. A commencer par la langue dans laquelle je vous écris. Elle est mon système de pensée, l’ABC de mon activité, comme disait l’autre. Je réfléchis grâce à vous, je débats grâce à vous, j’apprends grâce à vous. Je ris grâce à vous, je pleure grâce à vous. J’ai le sang chaud, j’interromps, mon verbe est au début de ma phrase, ce qui m’autorise beaucoup de choses, comme le délice de parler pour ne rien dire.

Je vous dois aussi le soleil, que vous devez aux Grecs. La mer. L’olive. Le vin. Et la sardine. Celle qu’on mange sur du pain en se salissant les doigts et celle qui a bouché l’entrée du port de Marseille. Je vous dois le plaisir et l’excès. La vie qui déborde. Pour tout cela, merci. Je vous aime. J’ai même acquis votre nationalité, au prix de démarches dont vous avez le secret et grâce au quatrième mariage de mon père avec une des vôtres, ancien mannequin. C’est dire si vos modèles ont du bon.