L'Union des étudiants de Suisse (UNES) partage les inquiétudes et soutient les étudiants français dans leurs revendications. En Suisse, si la conjoncture tant économique que politique est différente, les choses ne sont pas brillantes pour autant. Toute proportion gardée, la formation supérieure englobe bien plus de jeunes en France qu'en Suisse. Il est donc compréhensible que les perspectives professionnelles de nos diplômés soient un peu plus développées. Toutefois, les étudiants se heurtent à des difficultés croissantes dans certains domaines d'activités. La valse aux stages et aux emplois temporaires commence: l'Etat, les organisations internationales, les entreprises réduisent leur personnel fixe et profitent d'une main-d'œuvre qualifiée à bas prix. D'autres jeunes diplômés sont obligés d'effectuer des formations complémentaires, comme ceux qui visent l'enseignement: ils sont redirigés vers des formations pédagogiques impossibles à accomplir en cours d'emploi. La Suisse va au-devant de graves problèmes en matière de formation. Les services sociaux et les caisses de chômage voient de plus en plus de jeunes sans formation faire appel à leurs services. Nous manquons cruellement de places d'apprentissage. Même son de cloche au niveau des Hautes écoles: le niveau d'étude permettant l'accès à une formation supérieure est bien plus élevé chez nous que dans la plupart des autres pays européens. Universités et Hautes écoles ne sont pas à la portée du premier venu: les frais d'écolage importants, la densification et la scolarisation des cursus que développe la mise en place de la réforme dite de Bologne sont autant d'entraves à la possibilité pour les étudiants de financer eux-mêmes leurs études en travaillant.

Le manque de moyens financiers de certaines facultés ou hautes écoles les pousse à restreindre leur accès. La récente volonté d'instaurer un numerus clausus dans les facultés de médecine en Suisse romande est le dernier avatar de cette volonté de parer au plus pressé. A terme, cela a malheureusement des conséquences néfastes sur l'ensemble de la formation de notre pays: les études risquent de devenir accessibles aux seules couches aisées. Une récente étude de l'OFS montre que près de 80% des étudiants exercent une activité rémunérée au cours de leurs études. Nos jeunes diplômés n'arrivent donc pas démunis, sans expérience sur le marché du travail.

Les grands partis politiques de notre pays ont maintenant tous un volet «formation» dans leur programme qui stipule que la recherche et la formation sont des «domaines d'excellence» dans lesquels notre pays doit se «profiler». Nos parlementaires fédéraux plancheront lors de leur prochaine session sur la loi concernant la péréquation financière dont certains articles ont trait à la possibilité d'harmoniser un système d'aide aux études global, national. Le peuple suisse se prononcera en mai sur de nouveaux articles constitutionnels qui devraient également permettre d'harmoniser le paysage suisse de la formation.

Développer un système d'aide aux études national, cohérent qui puisse gommer les inégalités sociales dont sont victimes les étudiants est indispensable. Trop souvent les jeunes sont victimes de la vision à court terme de certains cantons pratiquant des restrictions budgétaires importantes qui ne permettent pas à tout un chacun d'entamer des études supérieures sereinement. Ainsi, si les inquiétudes d'une association comme l'UNES se dirigent du côté des jeunes diplômés entrant sur le marché du travail, le sort des étudiants en cours de formation dont certains se voient contraints d'arrêter momentanément, voir d'abandonner, leurs études pour cause de problèmes financiers est une préoccupation majeure.

Actuellement, la situation sociale et économique des étudiants est des plus précaires. Comme en France, il s'agit d'un phénomène de société qui touche différemment, mais toujours aussi injustement la même catégorie sociale: les jeunes. Si cette «précarisation» se manifeste à la fin des cursus français, on la trouve, peut-être plus discrète mais toujours aussi insidieuse tout au long du système de formation de notre pays. «L'étudiant précaire» est un animal qui risque de pulluler sur nos campus si l'Etat continue à ne pas vouloir se donner les moyens financiers et politiques de développer un système d'aide aux études national qui puisse enfin réduire l'inégalité des chances.

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