Éditorial

Pourquoi l’Europe a besoin d’Angela Merkel

ÉDITORIAL. La chancelière allemande répète qu’elle n’est candidate à aucun des postes clés de l’Union européenne, dont les 28 pays membres doivent reparler lors du sommet de Bruxelles ce jeudi 20 juin. Sa stature et sa vision du continent dans un monde déstabilisé méritent pourtant que l’on repose la question

A priori, l’affaire est entendue: Angela Merkel n’entend pas finir sa carrière politique à Bruxelles, où le poids de l’Allemagne et son goût de l’orthodoxie budgétaire suscitent toujours de vives critiques, en particulier du côté de l’Europe du Sud. La chancelière allemande a d’ailleurs pris les devants, en répétant qu’elle n’était pas candidate à la présidence du Conseil européen, l’instance représentant les Etats membres de l’UE, aujourd’hui dirigée par le Polonais Donald Tusk.

La fin de partie semble donc programmée pour celle dont le mandat arrive en théorie à échéance en 2021. Avec, comme argument de façade, le soutien officiel de Berlin à l’actuel candidat conservateur allemand à la présidence de la Commission, le très falot Bavarois Manfred Weber…

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La realpolitik dont l’Union européenne a cruellement besoin dans cette période de Brexit pas encore consommé et de turbulences mondiales impose pourtant de lui reposer la question à quelques jours du prochain sommet de Bruxelles, les 20 et 21 juin.

Le constat est simple: qui d’autre, parmi les dirigeants potentiellement «disponibles» pour prendre les rênes de l’Europe politique, a la stature d’Angela Merkel? Qui peut, mieux que cette défenseuse impitoyable des intérêts économiques de l’Allemagne, incarner à la fois une Europe résolue face aux Etats-Unis, à la Russie ou à la Chine, et la parité souhaitée par tous? Quel pays est mieux placé que l’Allemagne, enfin, pour rappeler à l’Europe le poids de son histoire, et la nécessité de ne pas l’oublier lorsque surviennent les crises, qu’elles soient financières (celle des dettes souveraines) ou humanitaires (celle des migrants)?

Ce plaidoyer n’est pas naïf. La chancelière a fait preuve, dans le passé, d’une indécision et/ou d’une intransigeance problématiques. La tendance fatale de Berlin à privilégier les rapports de force économiques et un euro fort, tout comme la timidité de la République fédérale sur le plan de la défense, sont en partie responsables des difficultés de l’UE. Et pourtant: même si la lenteur «merkelienne» fut un sacré fardeau, l’intéressée s’est montrée à la hauteur.

Aiguillonnée notamment par les dirigeants français, forte du soutien des pays du Nord et des liens économiques tissés par son pays avec l’Est, et crédible sur le plan international en raison du poids de l’économie allemande et de la transition écologique entamée par celle-ci, cette européenne convaincue a démontré son engagement communautaire. Voici pourquoi, aujourd’hui, l’Union ne doit surtout pas écarter la «piste Merkel».

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