Il faut se féliciter du résultat des élections européennes. La participation en hausse a, en premier lieu, confirmé le regain d’intérêt vis-à-vis de l’Union, soit pour en exiger le démantèlement ou la castration (du côté des nationalistes), soit pour construire les futures souverainetés communes (du côté des partisans de l’intégration). Autre motif de satisfaction: ce nouveau Parlement européen élu pour cinq ans (2019-2024) reflétera mieux les fractures du continent. Autour de deux questions incontournables: comment mieux concilier l’articulation entre l’Etat-nation et le niveau communautaire? Et comment faire pour que l’Europe agisse de façon décisive contre le réchauffement climatique?

Lire aussi: Cette Europe nouvelle qui est sortie des urnes

La première interrogation, portée au paroxysme par les partis souverainistes et nationalistes lors de la crise des migrants de 2015, doit trouver réponse. Or elle sera posée de manière plus claire encore dans l’hémicycle de Strasbourg par ces formations, qui ont dans leur pays le soutien d’une bonne partie de l’opinion. Faut-il s’en inquiéter? Pas nécessairement. D’abord parce que leurs moyens de blocage parlementaires seront limités. Ensuite parce que ignorer leurs revendications, sur la protection des frontières de l’espace Schengen (dont la Suisse est membre) ou la relocalisation de certaines filières d’emplois, serait de toute façon absurde.

Lire également: Quels changements pour l’Union européenne après les élections?

Aussi abracadabrante soit-elle, la saga du Brexit et la victoire sans appel du brexiter Nigel Farage au Royaume-Uni démontrent que l’Union a besoin de renouer des liens avec ses peuples. L’UE «nouvelle génération», illustrée par ce paysage parlementaire renouvelé, devra donc à la fois prendre en compte ces aspirations nationales et continuer de résister aux coups bas des pouvoirs «illibéraux», oublieux des libertés et de l’Etat de droit. En sachant que l’histoire n’est jamais figée, comme vient de le montrer lundi la chute inattendue du chancelier autrichien Sebastian Kurz ébranlé par «l’Ibizagate», ce scandale qui éclabousse le FPÖ, son ex-allié d’extrême droite.

Lire encore: Au Royaume-Uni, le risque du «no deal» a augmenté après les européennes

Le second tournant européen post-2019 sera écologique. Grâce à la poussée des Verts, le Parlement de Strasbourg peut devenir l’aiguillon de l’indispensable transition. S’y ajoute un autre séisme: autour de la centaine d’élus – dont Emmanuel Macron espère être l’interlocuteur privilégié – et des 70 Verts, de nouvelles majorités vont pouvoir se dessiner. Une troisième voie européenne s’est ouverte.

Lire finalement: La double victoire de Matteo Salvini

Le scrutin de dimanche reflète avec acuité les problèmes de l’UE. Mais il préfigure aussi les possibles solutions. La vieille alliance entre conservateurs chrétiens-démocrates et socialistes ne correspondait plus à la réalité politique d’un continent où les classes moyennes ont peur et où la jeunesse veut réinventer l’avenir. Elle a donc été déboulonnée. L’Europe bouge… et c’est tant mieux!