Éditorial

L’Europe chancelle avec la CDU

ÉDITORIAL. La démission de la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, traduit un malaise bien plus profond au sein d’un parti historiquement crucial pour le continent

Cette crise se déroule à Berlin. Mais sa dimension est européenne. En annonçant lundi qu’elle quitterait la présidence de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer a fait plus que reconnaître ses propres torts. Bien sûr, il serait facile de ne voir dans son échec qu’une question de personnalité. Oui, son incapacité à imposer sa volonté s’est manifestée au grand jour la semaine dernière en Thuringe. Les députés de sa formation dans ce Land de l’ex-RDA, après avoir enfreint une règle cardinale en se joignant à leurs collègues de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) pour élire le président régional, n’ont eu que faire des reproches de leur cheffe.

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Mais derrière la faiblesse conjoncturelle d’«AKK» se dessine un enjeu structurel pour la CDU. Le parti de Konrad Adenauer, pilier historique de la République fédérale, se lézarde de toutes parts. D’un côté, une courte majorité souhaite poursuivre la collaboration avec les formations de gauche, sociaux-démocrates en tête. Avec un risque majeur: se diluer dans un compromis mou qui a déjà réduit le SPD à l’ombre de lui-même.

De l’autre, une part grandissante de la CDU veut récupérer les électeurs séduits par l’AfD. Quitte à collaborer avec une formation sulfureuse. Sa figure de proue en Thuringe, Björn Höcke, avait, faut-il le rappeler, déclaré à propos du mémorial de la Shoah érigé à Berlin que les Allemands sont «le seul peuple au monde à avoir planté au cœur de sa capitale un monument de la honte».

L’heure de la grande clarification sonne donc pour la droite allemande. La chancelière a ouvert les frontières du pays face à la crise des réfugiés en 2015. Sans préjuger de l’aspect moral de cette décision, force est de constater que l’AfD en fait encore son miel politique. Cette même chancelière a écarté ses rivaux et tout misé sur AKK pour lui succéder. Voici sa dauphine hors course. Désormais écartelée et privée de chef, la CDU doit effectuer un travail d’introspection au pas de charge. Il s’effectuera sans Angela Merkel. A ceux qui s’attelleront à cette redéfinition, il faut simplement souhaiter qu’ils se souviennent combien la démocratie chrétienne a été une force stabilisatrice en Allemagne depuis la fin de la guerre. Et qu’elle ne peut chanceler sans inquiéter toute l’Europe.

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