Europe

L’Europe et la globalisation des peurs

C’est à une globalisation des peurs à laquelle on assiste aujourd’hui. L’Union, pour redonner du sens à ses citoyens, devra sans doute redevenir protectrice, comme à ses débuts

A quoi sert l’Union européenne? Si le Brexit a un mérite, c’est celui-là: questionner le projet européen. Pourquoi 28 pays – 27 bientôt – ont-ils choisi d’unir leur destin? Pourquoi l’un d’eux a-t-il soudainement renversé la table de jeu? Pourquoi les autres n’en feraient-ils pas autant? Faut-il plus d’Europe ou moins d’Europe?

Voilà plusieurs années que les peuples grondent contre les technocrates de Bruxelles, nouvelles têtes de Turc d’une Europe qui doute. Le 23 juin, les Britanniques ont préféré la voie solitaire jugeant que l’UE était la source du problème et non plus la solution. C’est un tournant.

Construite sur les ruines d’un continent plusieurs fois meurtri par des guerres totales, l’Union s’est d’abord imposée comme un projet de paix et de défense. Le projet a fleuri durant la Guerre froide en s’imposant comme le plus grand marché commun. Il a fonctionné comme pôle démocratique quand le mur du communisme tombait. Il s’est ensuite résolument inscrit dans l’ère de la globalisation économique.

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Face aux Etats-Unis, face aux puissances émergentes, face aux empires renaissants, l’Europe devait miser sur la solidarité pour exister en tant que puissance. Unie, elle peut établir un rapport de force bénéfique à chacune de ses parties. Désunis, les Etats qui la composent sont condamnés à terme à l’insignifiance.

Ce message était celui des Européens convaincus depuis bientôt sept décennies des bénéfices de l’ouverture et de la libre circulation. La machine s’est grippée. Car la globalisation ne fonctionne plus et l’ère d’une globalisation jugée heureuse est passée. Le Brexit en est le symptôme, il s’accompagne du repli des peuples, du retour du protectionnisme, du besoin de frontières. Ce constat vaut pour le Royaume-Uni, comme pour l’ensemble de l’Europe mais aussi pour le reste du monde. Les temps ont changé: à l’ouverture des marchés succède la défense des acquis, le rejet des migrants, à la concurrence succède le ras-le-bol d’une compétition anxiogène.

C’est à une globalisation des peurs à laquelle on assiste aujourd’hui. L’Union, pour redonner du sens à ses citoyens, devra sans doute redevenir protectrice, comme à ses débuts. Cette Union de la sécurité semble aujourd’hui devoir s’imposer car elle est le plus petit dénominateur commun dans une Europe fracturée.

Assurer un meilleur contrôle des frontières extérieures, réaffirmer la capacité de défense dans un monde de plus en plus incertain, est légitime. Cette sécurité collective, sans renier les valeurs fondatrices de l’Europe, peut être le meilleur moyen de couper l’herbe sous les pieds des partis nationalistes. Si elle devait se résumer à des barricades, cette politique ne ferait toutefois qu’accélérer le déclin d’une Europe à nouveau victime de ses démons.

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