Nicolas Sarkozy et Angela Merkel le répètent à l’envi. «Mer­kozy», comme le tandem franco-allemand est désormais surnommé, ne veut pas s’immiscer dans la politique intérieure grecque. Cependant, dans son avion s’envolant vers Athènes dans la nuit de mercredi à jeudi, Georges Papandréou quittait Cannes avec une pression probablement inédite sur ses épaules. Pour construire une union nationale, à l’instar de celle déjà scellée par l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, comme l’avait soigneusement rappelé le président français. Pour choisir entre l’euro ou le chaos promis par un retour à la ­drachme.

Avec le G20, tout bouge cependant vite. Car jeudi, la pression est encore montée d’un cran. En Grèce, bien sûr, où le référendum n’aura finalement pas lieu et où l’abandon de la monnaie unique paraît moins possible que la veille, malgré les rebondissements de la journée. A Cannes aussi les fronts bougent. Plus subtilement, mais sans doute avec la même fermeté que pour les Grecs. Entre les lignes des communiqués ou dans les petites phrases lâchées dans les rares conférences de presse, la pression sur la zone euro dans son ensemble s’est renforcée.

Elle vient, d’une part, des Américains, qui n’en peuvent plus d’attendre une solution à la crise grecque, étape déterminante pour rétablir la confiance et relancer le moteur économique mondial. Et, d’autre part, des Chinois, qui ne se font plus beaucoup d’illusions sur la capacité des Européens à gérer leur problème. Or eux aussi subiraient un effondrement des économies développées.

Le dernier épisode de la crise grecque constitue une catastrophe en puissance, qui désormais rattrape l’Italie. L’annonce mercredi soir d’une mise en œuvre accélérée, mais sans agenda, du nouveau fonds de stabilité européen répond d’ailleurs à cet incendie qui couve.

Pour les membres de la zone euro, la course contre la montre est donc lancée pour parvenir à une solution européenne. Washington et Pékin leur laissent encore cette chance. Pour combien de temps? Tout indique qu’ils ont préparé un plan B, qui passe par le Fonds monétaire international, renforcé par les Etats-Unis et très vraisemblablement par les Chinois.

C’est probablement l’enjeu du communiqué final du sommet de Cannes, qui s’achève aujourd’hui. Ou l’Europe sauvegarde encore son rang de grande puissance, ou elle accélère malgré elle son déclin face au G2, les Etats-Unis et la Chine.