éditorial

L’Europe, l’UDC et le néant helvétique

ÉDITORIAL. Les saillies des ministres UDC contre l’Europe ont le grand mérite de relancer le débat sur une question qui devrait être au centre de la politique suisse

Il faut reconnaître à l’UDC un grand mérite, celui de nous reparler d’Europe. Notre relation à l’Union européenne (UE) devrait être la grande affaire de notre politique nationale dans un monde en pleine transformation. Il n’en est rien. On se refile la question européenne comme une patate chaude depuis des lustres, aucun parti n’osant s’affirmer sur cette question. Sauf l’UDC donc.

Lire aussi l'article lié: Nouvelle panne dans les relations Suisse-UE

Deux de ses ministres sont sortis du bois ces jours-ci pour dire que l’accord-cadre que nos diplomates s’évertuent à maintenir en vie doit être au mieux repoussé aux calendes grecques, mais que le plus simple serait de l’enterrer. S’ils rompent une fois de plus la collégialité – le 7 juin dernier, le Conseil fédéral écrivait à Bruxelles pour signifier sa volonté d’aller de l’avant avec des «clarifications» sur trois points de l’accord en particulier –, ils obligent à débattre de l’essentiel: voulons-nous être avec l’Europe, ou à côté de l’Europe? Est-on prêt à se lier, y compris juridiquement, à une communauté économique mais aussi de valeurs ou préfère-t-on reprendre nos «libertés» dans une logique de «Swiss first» qui est dans l’air du temps? Voilà les vrais enjeux du débat, des enjeux rendus invisibles par notre passion à nous éparpiller dans des disputes techniques où l’on perd toute vue d’ensemble.

Lire également: L’UDC persiste à enfoncer le clou sécuritaire

L’UDC fait le bon calcul. Alors que sa cote de popularité s’érode du fait de son incapacité à intégrer le facteur environnemental dans son logiciel politique, le recours au discours anti-européen, qui constitue son ADN depuis vingt-cinq ans, paraît légitime et pourrait rester payant. Car, aujourd’hui comme hier, il est le seul parti à tenir un discours clair – à défaut d’être objectif – auprès d’une population qui manque d’explications sur l’Europe. La démission des autres partis sur ce terrain entretient la voie royale pour les «Blocher’s boys».

Alors qui osera dire que l’UDC, parti nationaliste, travaille en réalité contre les intérêts de la Suisse? Si l’UE est mal en point, elle reste de très loin notre premier partenaire commercial. Aucun accord de libre-échange ne remplacera les avantages de nos accords bilatéraux. Ne serait-il pas temps de retirer des mains de l’UDC le joujou électoral qu’est l’Europe en Suisse? C’est aux autres grands partis, à droite comme à gauche, d’en décider.

Publicité