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L’assassinat de Capo d’Istria sur le parvis de l’église Saint Spyridon à Nauplie, vu par Charalambos Pachis (1844-1891). (Détail.)
© Musée de Corfou/fr.wikipedia.org

Du bout du lac

L’Europe en son terrible miroir grec

OPINION. Le berceau de l’Europe est tenu en laisse par Bruxelles, qui oublie cependant que le cynisme fut inventé hier par ceux qu’elle humilie aujourd’hui. Résultat: la Grèce est exsangue

Sur le port de Nauplie, entre le pouce et l’index du Péloponnèse, Yorgos me livre cet aphorisme comme on prononce une sentence: «Cent pour cent des Grecs pensent que quatre-vingt-dix-neuf pour cent des Grecs sont des idiots.» Et un large sourire d’illuminer son visage de marin, noirci par le soleil saronique: «… et ils ont raison!»

Lâchée avec la gravité d’un axiome, la proposition paraîtrait ridicule si, trois cents mètres plus haut, sous les remparts de la citadelle, une balle perdue dans un vieux mur ne venait la confirmer. C’est juste là, sur le parvis de l’église Saint Spyridon, que Ioannis Kapodistrias, premier gouverneur de la Grèce indépendante, fut assassiné par le sinistre Mavromichalis, à l’automne 1831.

Là est tombé Capo d’Istria

Après avoir porté les intérêts russes au Congrès de Vienne, s’y être battu pour la neutralité et les institutions helvétiques, après avoir tant fait, de son exil genevois, pour l’indépendance de la Grèce, Jean Capo d’Istria tombait sous les balles d’un compatriote, probablement armé et piloté par la France et l’Angleterre. Déjà.

Deux siècles plus tard, la Grèce est exsangue. Décrépite par la crise. Et le cercle vicieux n’en finit pas de tourner. Il faut rembourser les créanciers opportunément venus à la rescousse. Alors on taxe tout ce que l’on peut taxer, à commencer par la richesse qui n’existe pas et celle qui n’a pas les moyens de se soustraire. Pour payer, on brade. Aéroports, hôtels, tout est vendu, ou à vendre. Le berceau de la civilisation est mis en pièces. Cédé au plus offrant, pieds et poings liés et dans l’indifférence, comme on vendait les filles dans les bordels d’Alexandrie.

Des intérêts laids

Le tout sous le regard sévère d’Européens supposément responsables, mais trop heureux de se faire servir des intérêts usuraires sur leurs largesses. Des intérêts d’autant plus laids que leur contrepartie, le risque – c’est-à-dire un défaut de la Grèce – a été rayé du champ des possibles à coups de dizaines de milliards d’euros. L’Europe tient la Grèce en laisse tout en tirant orgueil de sa grandeur de façade. Oubliant par-là que le cynisme fut inventé hier par ceux qu’elle humilie aujourd’hui.

Alors, écoutant Yorgos sur le port de Nauplie, je souris à mon tour. Cent pour cent des Grecs ont raison de prendre leurs compatriotes pour des idiots? Peut-être. Mais cent pour cent des Allemands, des Français, des Anglais, bref, l’ensemble des Européens, seraient bien inspirés de se regarder un jour ou l’autre dans le miroir grec.


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