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Des relations de plus en plus houleuses.
© Chris McGrath/Getty Images

Revue de presse

L’Europe et la Turquie montent le ton dans leur scène de ménage diplomatique

Le gel des négociations d'adhésion d'Ankara à l'Union ne constitue qu'un avertissement, car il n'est pas contraignant. Le président Erdogan n'a même pas attendu la décision finale des députés, ce jeudi, pour s'engouffrer dans la brèche et manifester son mépris 

Le Parlement européen a donc demandé jeudi le gel des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE – en cours depuis onze ans – en raison de la répression «disproportionnée» après le coup d’Etat avorté de juillet. Cette requête a provoqué la colère d’Ankara. Mais une colère «diplomatique», presque feinte, car pour le président Recep Tayyip Erdogan, les députés de Strasbourg peuvent «toujours causer», relève «Courrier international».

Lire aussi: Le Parlement européen gèle les négociations d’adhésion avec la Turquie

Le «sultan» surfe en réalité sur le fait que ce vote n’est pas contraignant. A ce sujet, «L’Express» a interrogé la députée européenne Sylvie Guillaume, du groupe Socialistes et démocrates, pour qui «le Parlement se devait d’envoyer un signe clair, un signe fort, après la grave dérive répressive du pouvoir turc». Mais Erdogan sait aussi une autre chose, très importante: la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini – qui «agit conformément à son rôle diplomatique» – et les chefs d’Etat ne sont […] pas favorables à ce gel», eux. «Ils cherchent […] à maintenir des canaux de discussion ouverts» pour ne pas risquer «de contribuer au durcissement du régime: le pouvoir turc est très erratique.»

Alors, le chef de l’Etat a émis son jugement: «Ce vote n’a aucune valeur», a-t-il déjà averti la veille, dans un discours tenu à Istanbul. Après quoi, «le message envoyé par les députés» se révèle au final «plutôt clément», car ceux-ci se «réservent la possibilité de reprendre les négociations au cas où Erdogan reviendrait à un Etat de droit», rapporte la «Tageszeitung», dont le caricaturiste transmet la «petite» colère présidentielle:

Mais attention, car il y a tout de même une épée de Damoclès sur la tête du régime d’Ankara: «Si, au contraire, il réintroduit la peine de mort […], ce sera l’annulation pure et dure des négociations», avertit le quotidien berlinois. «Il n’est pas certain», toutefois, «que la Commission et les Etats membres […] emboîtent le pas» du Parlement, explique «Eurotopics», qui propose sa propre revue de presse à ce sujet.

Y figure notamment cet article hallucinant du quotidien progouvernemental turc «Star», qui «assure qu’Erdogan est en train de bâtir un nouveau monde et que l’Ouest ne le voit pas». Extraits: «Ce nouveau monde sera le monde islamique. Il est certain que le message sera entendu, car ce monde en a assez d’être toujours la victime.» Si l’Occident «veut que l’islam reste prisonnier d’un statut colonial mi-ouvert, mi-dissimulé, ce n’est plus supportable». Ne voit-il pas la «renaissance» dont Erdogan est «le fer de lance»? «Ce monde-là n’acceptera pas qu’on muselle» son héros.

Irrité par la «condescendance» de Bruxelles

Concrètement, s’il s’avère que tous les organes de l’UE se mettent d’accord, que signifierait donc un gel du processus? Cela «laisserait le président turc de marbre», pressent Adevarul: «Erdogan se fiche visiblement de ce que disent les Européens et se montre extrêmement irrité par la «condescendance» de Bruxelles à l’endroit de la Turquie.» Mais Ankara ne risque-t-il pas, avec cette attitude, un isolement toujours plus grand?

De fait, il semblerait qu’il ait «trouvé une réponse» – ou une menace – plus que satisfaisante, selon le quotidien de Bucarest: «Pourquoi la Turquie ne pourrait-elle pas adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS)», dont font entre autres partie, la Chine, l’Inde et la Russie? «La décision déterminante est de savoir si, dans l’hypothèse d’une adhésion de la Turquie à ce groupe, les dirigeants européens seraient prêts» à revoir leur copie.

La recherche d’autres modèles

«Le Figaro» est sur la même ligne, jugeant que «l’état d’urgence, l’arbitraire par décrets et l’emprisonnement de dizaines de milliers de «terroristes» et autres «saboteurs» semblent avoir finalement déchiré l’image d’une Turquie en quête d’Europe, de modernité et de réconciliation entre islam et démocratie. Le président Erdogan lorgne plutôt d’autres modèles, le Kremlin, voire l’Etat-parti chinois. L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait aussi lui apporter un répit.»

En attendant, le «Tagesspiegel» déplore que «si l’on exclut définitivement la Turquie de l’Europe, cela affecte des millions de Turcs proeuropéens. On anéantirait leur désir de faire partie d’une région du monde éclairée, marquée par les valeurs humanistes, qu’ils épousent déjà. Et on donnerait finalement à Erdogan un prétexte idéal pour imputer à l’UE les problèmes économiques» du pays «plutôt qu’à sa politique extérieure et militaire revancharde et brutale».

Un pays déjà disqualifié

«Le Monde» en conclut que les relations se «sont envenimées», mais que «la rupture définitive achoppe à la question migratoire». «Bien que les négociations d’adhésion […] aient débuté […] au son des fanfares, elles sont au point mort depuis longtemps.» «Il y a encore cinq ans, renchérit le «Financial Times», la Turquie était considérée comme l’exemple d’un mariage possible entre l’islam et la démocratie pour le monde arabe dans la tourmente. Tout cela semble désormais bien loin» et disqualifie de fait la Turquie de l’adhésion à l’UE.

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