On se fait une image déformée du rapport de la jeunesse suisse à l’Europe. On croit qu’elle s’en moque, qu’elle n’en ressent pas l’enjeu. Qu’elle s’ennuie comme tout le monde à remarquer à peine le piteux petit marchandage politique de l’accord-cadre. Je dis pourtant qu’elle n’est pas indifférente, bien au contraire: elle vit depuis longtemps l’Europe au lieu de la calculer seulement.

Regardez alentour cette envie folle d’y retourner. Dans l’Italie de la fête, dans la France du bavardage et des râleurs brillants, dans Vienne et sa noblesse si belle. Chaque fin de quarantaine annoncée, chaque frontière levée comme une invitation, c’est comme si un peu de votre famille vous ouvrait à nouveau les bras. Les Grecs et leur ciel qui ressemble au miroir éblouissant de la mer. Les Allemands et leur tragique, les Espagnols et leur chaleur ombrageuse, l’Ecosse mouillée de pluie heureuse. C’est chez moi, c’est chez nous.