éditorial

L’Europe des urnes est aussi la nôtre

ÉDITORIAL. Le scrutin européen qui se déroulera le 26 mai dans la plupart des pays de l’Union est tout sauf étranger à la Suisse. Les résultats qui sortiront des urnes auront, qu’on le veuille ou non, un impact sur notre avenir immédiat

Jean-Claude Juncker est un «déçu» de la Suisse. Le président sortant de la Commission européenne l’a redit à Bruxelles mardi, lors d’une conférence de presse qui traçait les grandes lignes de son bilan. «Nous ne sommes pas ennemis, nous ne sommes pas concurrents. Je suis déçu mais je ne perds pas espoir», a-t-il lâché. Un fatalisme sévère qui dit aussi, en creux, l’incapacité actuelle de l’exécutif communautaire à convaincre les peuples qui doutent ou qui, comme au Royaume-Uni avec le Brexit, ont décidé de se replier sur eux-mêmes.

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On peut débattre en long et en large de cette «déception» vis-à-vis d’une Confédération toujours plus exigeante et résolue – c’est bien le problème central – à obtenir une solution taillée sur mesure pour ses intérêts et ses particularités. Mais telle n’est pas aujourd’hui la priorité. L’urgence est au contraire, alors que démarre la campagne officielle pour les élections européennes dans les 28 pays de l’Union européenne – y compris au Royaume-Uni où le scrutin, prévu le 23 mai, peut encore être annulé in extremis –, de regarder cette Europe en face.

Quel paysage politique va sortir des urnes, sur lesquelles pèse l’ombre d’une abstention massive? Quid de la vague souverainiste et populiste annoncée qui, si elle se confirme et si ces partis parviennent à s’allier, modifiera de façon substantielle le fonctionnement du Parlement de Strasbourg?

Le scrutin qui s’annonce mérite bien mieux qu’un désintérêt helvétique sur le thème «plus l’UE a des ennuis, plus la Suisse pourra tirer son épingle du jeu». Ceux qui, ici, pensaient «profiter» du Brexit aujourd’hui en panne sèche l’ont appris à leurs dépens. La Suisse a tout à gagner à être le partenaire commercial et politique d’une Union européenne forte, attractive, innovante, capable d’imaginer et de mettre en œuvre les solutions aux défis qui se fichent des frontières, comme le réchauffement climatique (qui fera demain jeudi l’objet d’un numéro spécial du Temps pour le Forum des 100), les migrations ou le kidnapping de nos données par les multinationales américaines ou chinoises de l’internet.

Le réalisme imposé par notre démocratie directe peut nous conduire, légitimement, à rappeler aux Européens que nous les avons souvent devancés. Nos votations, nos complications institutionnelles, notre inquiétude face au juridisme croissant d’une Union ligotée par les normes et les règles servent d’ailleurs parfois d’inspiration dans cette campagne qui démarre. Tant mieux. Cela démontre que cette Europe des urnes est aussi la nôtre et qu’elle définira en partie notre avenir immédiat. Ne l’oublions pas.

Pour débattre de la Suisse et de l'Europe: Conférence «Penser l'Europe» jeudi 9 mai à 18h30 au musée d'art et d'histoire de Neuchatel. Avec Sylvie Arsever et Bernard Guetta, candidat sur la liste «Renaissance» aux élections européennes.

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