Qu’elles soient importées des Etats-Unis ou de Chine, les crises mondiales se suivent et se ressemblent pour l’Europe: elle en est à chaque fois la principale victime. Tout comme l’éclatement de la bulle des subprimes américains avait ravagé les finances européennes, la pandémie apparue à Wuhan fauche le plus grand nombre de victimes sur notre continent. La raison? Les sociétés qui le forment – qu’elles soient membres ou non de l’Union – sont les plus ouvertes du monde.

Que l’on parle de circulation des personnes, des idées ou des capitaux, l’Europe reste un grand marché libre, une expérience unique en son genre. C’est sa grande force. C’est aussi sa fragilité. Ce qui demeure pour l’essentiel un agglomérat de nations joue, globalement, davantage la solidarité que ses concurrents, tout en voyant ses instruments de puissance décliner en comparaison. L’Europe pourra-t-elle encore longtemps se le permettre face à deux empires, les Etats-Unis et la Chine, qui jouent de plus en plus la carte nationaliste?

Ces jours-ci, on apprend que les géants du numérique américain (GAFAM) voient leurs bénéfices exploser grâce à nos données. Les géants chinois des technologies de l’information sont dans les starting-blocks pour nous équiper de la 5G. A chaque fois, l’Europe est à la traîne. La solution n’est pas la fermeture, mais l’investissement. Le plan vert de la Commission européenne qui pourrait être le moteur de la relance post-coronavirus est une excellente chose. Une autonomie numérique européenne devient tout aussi urgente. Sans quoi, la prochaine grande crise qu’encaissera le continent pourrait bien venir de ce front-là.