Revue de presse

L’Eurosong 2019 se déroulera dans un contexte tendu en Israël

Plusieurs appels au boycott ont été lancés pour protester contre la politique de Tel-Aviv vis-à-vis des Palestiniens. Mais tout a été mis en œuvre pour éviter les débordements et ne pas compromettre un événement important pour l’image d’Israël sur le plan international

Après la flambée de violence qui a eu lieu le week-end dernier entre le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza et Tsahal, Tareq Baconi, analyste du groupe de réflexion International Crisis Group, juge que la tenue du Concours Eurovision de la chanson 2019 (du 14 au 18 mai) «a peut-être empêché l’escalade, Israël ne souhaitant pas compromettre un événement important pour son image». Mais, pense-t-il aussi, «une guerre est plus probable que jamais après la formation du prochain gouvernement» Netanyahou. L’Eurosong se déroule en effet cette année à Tel-Aviv, à la faveur de la victoire de la concurrente israélienne Netta l’an dernier à Lisbonne:

La musique adoucirait-elle donc «bien les mœurs», comme semble le penser Marianne? «L’Eurovision a […] joué un rôle non négligeable dans l’énième cessez-le-feu intervenu ce lundi 6 mai entre Israël et les islamistes du Hamas. […] Benyamin Netanyahou et ses ministres ont beau proclamer haut et fort que l’arrêt des combats n’a strictement rien à voir» avec ça, «il n’en reste pas moins qu’ils ont tout fait pour éviter l’annulation de la cérémonie en acceptant de mettre les armes en sourdine». L’occasion rêvée pour glisser quelques roquettes dans les salades des «gilets jaunes»:

Il faut dire, poursuit le magazine français, qu’un «refus de délégations de plus de 40 pays représentés de venir concourir […] ou des images les montrant quittant précipitamment le pays dans l’affolement auraient eu un impact désastreux pour l’image de marque à l’étranger d’un pays qui se présente volontiers comme un ténor de la sécurité. L’effet aurait été tout aussi catastrophique pour le tourisme en Israël, qui s’efforce de passer pour une destination comme les autres. […] Les médias israéliens, durant les trois jours d’affrontements, n’ont d’ailleurs cessé de diffuser des reportages sur les répétitions qui se poursuivaient «normalement» tandis que des chanteurs assuraient en public ne pas être inquiets.»

Appels au boycott

Sur place, l’ambiance semble tout de même un peu tendue, si l’on en croit le Guardian. Le quotidien britannique indique que les autorités «empêcheront tout activiste politique» de semer la confusion durant ces cinq jours, compte tenu du fait que des intellectuels et artistes palestiniens ont déjà lancé des mouvements «pacifiques» de boycott de la manifestation depuis plusieurs mois, comme l’explique le Times of Israel. Et l’agence Reuters rapporte que les coûts de la sécurité sont en conséquence «incroyablement élevés».

Fer de lance d’une action largement menée sur les réseaux sociaux: la campagne internationale «Boycott, désinvestissement et sanctions» (BDS), qui appelle à exercer diverses pressions, économiques, académiques, culturelles et politiques, sur Israël afin d’aboutir à la fin de l’occupation des terres arabes, à l’égalité complète pour tous les citoyens d’Israël et au respect du droit au retour des réfugiés palestiniens. Les artistes gazaouites, plus radicaux, accusent le gouvernement d’utiliser le concours pour «blanchir un régime d’apartheid brutal», dit Al Jazeera. En Suisse, 100 artistes on lancé l'appel «No Song for Apartheid»: 2000 signatures ont été récoltées, mais un responsable d'Eurovision Petition doit bien constater que c'est un combat «très difficile à mener, car on parle à un public qui n'est pas forcément très politisé».

Lire aussi: La longue litanie de Gaza la ville martyre se poursuit

Vulture.com, le webzine du New York Magazine, prédit dans ce contexte que «si l’Eurovision 2019 parvient à se dérouler tranquillement, ce sera un miracle». Si l’on a affaire à «l’un des événements télévisés les plus regardés du monde, le conflit israélo-palestinien constitue, lui, un des dilemmes géopolitiques les moins bien compris du monde». Ces deux-là vont donc «entrer en collision». Le groupe de techno punk-rock Hatari, qui représentera l’Islande avec ses cris de guerre, a d’ailleurs «déjà annoncé son intention de protester lors de son passage sur scène, mais reste à voir s’il le fera vraiment».

Toute manifestation politique étant interdite dans l’enceinte d’un concours qui se targue d’être un acteur œuvrant à la paix des peuples depuis 1959, il y a fort à parier que les éventuels protestataires resteront en dehors et à distance. Ceux-là même que Netta Barzilai, victorieuse l’an dernier, juge «obscurantistes», lit-on dans le Times of Israel: «En empêchant la lumière d’être diffusée, ils répandent l’obscurité et ce qu’ils font est contraire à leurs propres croyances», affirme-t-elle. Même Madonna, d’habitude si empressée à dénoncer les «injustices», a accepté de chanter samedi prochain deux titres lors de la finale sur la scène de Tel-Aviv, raconte Euronews.

En promo de son nouvel album, Madame X, elle aurait eu tort de refuser ce cachet de près de 1 million de dollars offert par le milliardaire israélo-canadien Sylvan Adams, connaissant la taille de la caisse de résonance dont elle bénéficiera. «Peu importe le vainqueur, la star de l’Eurovision», ce sera elle. Et pendant ce temps, «une cinquantaine de personnalités britanniques, dont le chanteur Peter Gabriel et le cinéaste Ken Loach», ont aussi appelé à un boycott, comme «plus de 60 associations LGBT et queer», dont on connaît l’engouement pour la manifestation.


Et le concours, dans tout ça?

Voilà pour les aspects politiques, qui ne manquent pas d’être commentés chaque année par les médias. Rien de plus normal pour un événement auquel assistent 200 millions de téléspectateurs, c’est une tribune de rêve. Alors, maintenant, quels sont les favoris? «Ce sont les Pays-Bas qui tiennent actuellement la corde», tout le monde est d’accord là-dessus: Euronews juge donc que Duncan Laurence, avec Arcade, pourrait bien l’emporter. «Mais la méfiance doit être de mise, cf. l’Ajax d’Amsterdam…» Et reste à savoir ce que ce clip érotique deviendra «en vrai»:

Puis, derrière la Russie et l’Italie notamment, la Suisse occupe la sixième place, largement devant le très moqué Bilal Hassani (12e), qui porte les espoirs de l’Hexagone. She Got Me, interprétée par le compositeur et parolier bernois Luca Hänni, a été créée en juin 2018 lors d’un camp de composition de chansons. Jean-Marc Richard pense qu’avec ce titre – dont on se demande d’ailleurs pourquoi il ne s’appelle pas plutôt «Dirty Dancing» ou «Chico solo» – il serait cette fois bien injuste, voire franchement scandaleux que la Suisse ne se qualifie pas pour la finale.


Eurosong 2019. Première demi-finale sur France 4 mardi 14 mai; deuxième demi-finale, avec Luca Hänni, jeudi 16 sur RTS Deux; finale samedi 18 sur RTS Un; les trois soirées à 21h. Retrouvez tous les articles du «Temps» consacrés aux précédentes éditions du concours.

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