Alors que l'Allemagne n'a pas hésité à prendre le problème du financement des retraites au sérieux, en décidant de porter progressivement l'âge de la retraite à 67 ans d'ici aux années 2020, la Suisse peine à franchir le pas.

Le refus, en mai 2004, de la onzième révision de l'AVS, qui ne constituait qu'un petit pas dans la bonne direction, et l'allergie populaire à toute hausse de l'âge de la retraite, nous montrent combien la question du financement de l'AVS n'est pas comprise. Parallèlement à cela, et c'est parfaitement légitime, le peuple ne veut ni d'une baisse de prestations, ni d'une augmentation d'impôts. Pourtant, il y a réellement de quoi s'inquiéter pour l'avenir de l'AVS. L'arrivée de la génération du baby-boom à la retraite, le vieillissement de la population et le taux de fécondité extrêmement faible en Suisse pèsent comme trois épées de Damoclès sur le premier pilier du système suisse des retraites. Selon les statistiques fédérales, dès 2009, le budget de l'AVS sera déficitaire. A partir de 2011, le taux de couverture des dépenses par le Fonds de compensation ne sera que de 70%, et ce, sans tenir compte du déficit de l'AI: ce taux ne serait alors que de 15 à 20% (!) selon le Conseil fédéral (Message du 21 décembre 2005). En d'autres termes, c'est la catastrophe programmée!

Face à cette situation plus que préoccupante, deux approches existent. Il y a d'abord celle du «y'a qu'à», celle de la démagogie: il suffirait de prendre l'argent là où il se trouve, par exemple dans les bénéfices de l'or de la BNS, ou, une fois encore, dans les salaires des actifs, en entretenant l'illusion d'une retraite à 62 ans.

A l'opposé de ce simplisme, une approche courageuse, moderne et pragmatique s'impose. L'égalisation des rentes de veuve et de veuf, ainsi que l'élévation de l'âge de la retraite à 65 ans pour les femmes, sont à saluer au regard du respect du principe d'égalité des sexes, et la suppression de l'indice mixte aurait le mérite d'ajuster les rentes à la réalité. Toutefois, des mesures plus ambitieuses seront nécessaires.

Une politique de retraites ne peut être efficace que si elle est financée à long terme, c'est-à-dire, sur quarante ans au moins. De nos jours, il y a quatre actifs pour un retraité en Suisse. En 2025, il n'y en aura plus que deux pour un. Les jeunes d'aujourd'hui devront donc payer cher les rentes de la génération qui sera à la retraite à ce moment-là, sans avoir la garantie de pouvoir eux aussi en jouir lors de leurs vieux jours.

Par conséquent, la levée du tabou concernant l'âge de la retraite est essentielle. N'oublions pas que lorsque le système de l'AVS a été mis en place, au milieu du XXe siècle, l'espérance de vie était de quinze ans plus faible qu'aujourd'hui. C'est pourquoi, au lieu de subordonner l'ouverture du droit à la rente à un seuil arbitraire, l'âge de la retraite doit être fixé de sorte qu'il y ait toujours quatre actifs pour un retraité.

C'est cette idée que les jeunes radicaux défendent aujourd'hui, en plus de la flexibilisation complète. Chaque année, la situation socio-démographique de la Suisse serait réévaluée; l'âge de référence serait modifié tous les cinq ans, lorsqu'un ajustement s'avérerait nécessaire. Cette mesure aurait également pour effet une prise de conscience effective de la nécessité de renouveler les générations. Une politique fiscale plus favorable aux familles s'impose donc aussi dans cette optique.

Ce n'est qu'en réformant l'AVS aujourd'hui que nous la rendrons plus efficace, plus solide, et surtout, plus juste pour les générations futures.

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