(in)culture

Lewis Carroll réinventé

Les éditions Diane de Selliers rééditent dans leur «Petite collection» le diptyque «Alice», accompagné des peintures de Pat Andrea

Les livres, au-delà de la souffrance solitaire que peuvent y mettre les écrivains, ont une dimension magique. Ils ont quelque chose d’ensorceleur qui tient du miracle répété et inexpliqué. Vous souhaitez évoquer cet indicible pouvoir avec vos enfants? Un conseil: montrez-leur le long métrage d’animation français Kerity la maison des contes. Ils ne verront plus les livres comme des objets poussiéreux, intimidants et ennuyeux.

Il est une maison d’édition française qui, consciente de ce pouvoir magique de la littérature, réédite depuis 1992 de grands textes, à raison d’un livre par an. Ou plutôt d’un beau livre, avec cette idée aussi simple que géniale: accompagner ces textes essentiels d’œuvres majeures de l’histoire de l’art, afin de proposer un dialogue inédit. Le premier titre de cette «Grande Collection»: les Fables de Jean de la Fontaine illustrées par le peintre et graveur du XVIIIe siècle Jean-Baptiste Oudry. Le dernier: Le Marchand de Venise et Othello, de Shakespeare, illuminés par la Renaissance vénitienne. On pourrait aussi citer de magnifiques incursions en Orient ou en Asie.

Lire aussi : Voir Venise et lire Shakespeare

Artistes contemporains

Parfois, Diane de Selliers choisit de confier l’accompagnement iconographique de ses sublimes ouvrages à des artistes contemporains. C’est ainsi qu’en 2006, Pat Andrea illustrait Les Aventures d’Alice au pays des merveilles et De l’Autre Côté du miroir et de ce qu’Alice y trouva, diptyque publié par Lewis Carroll entre 1865 et 1872. Le livre est épuisé, mais il a depuis été réédité dans la «Petite Collection», qui permet à la Française de diffuser à plus large échelle ces ensorceleurs ouvrages. Cet Alice est même proposé depuis janvier, qui marquait le 120e anniversaire de la disparition de Carroll, à un prix revu à la baisse. Aucune excuse, dès lors: il faut découvrir l’admirable travail de l’artiste néerlandais.

L’image mentale que l’on se fait de la jeune héroïne, souvent, reste influencée par l’adaptation des studios Disney, qui, par ailleurs, réussissaient plutôt bien à donner corps au côté labyrinthique et surréaliste du texte – là où, plus récemment, Tim Burton échouait. Le travail d’Andrea, réalisé sur trois ans, après plusieurs relectures des romans de Carroll, est fascinant. La blonde et frêle héroïne disneyienne est ici une sorte d’Amazone des temps modernes, il y a chez elle de la détermination, quelque chose de guerrier, de la malice aussi – sans mauvais jeu de mots. Andrea est fidèle aux récits de Carroll, mais parvient en même temps à les transcender, à les réinventer. Il y a là, indéniablement, quelque chose de magique.


Les dernières chroniques (in) culture

Publicité