Ce n’est pas un hasard si un comité indépendant s’est mis à la recherche d’un nouvel hymne national. Ce n’est pas non plus un hasard si tant de citoyens ne connaissent pas les paroles du «Cantique suisse» au-delà de la première strophe, s’ils ne calent pas déjà avant. L’histoire mouvementée de «Sur nos monts quand le soleil» suffit à témoigner de la difficulté que l’air composé en 1841 par Alberik Zwyssig a eue à s’imposer comme emblème national.

Lire aussi:  Les Suisses se désintéressent du 1er Août

Il faut se souvenir que le premier hymne patriotique fut «Ô Monts indépendants», qui joua ce rôle jusqu’en 1961. Comme il avait la même mélodie que le «God Save the Queen» britannique, le «Cantique suisse» le remplaça cette année-là, d’abord provisoirement, puis définitivement en 1981. On ne compte toutefois pas les tentatives qui ont été menées pour trouver quelque chose qui rassemblerait davantage ceux qui peinent à s’identifier à ce texte pieux.

Lire également:  A la place de Dieu, l’équité, la solidarité et la diversité

En comparaison à d’autres antiennes nationales, le «Cantique suisse» paraît peu charismatique. Il n’a rien de grandiose, n’exprime aucune fulgurance émotionnelle, ce qui n’est pas surprenant dans un pays davantage connu pour ses élans cérébraux. Rien à voir avec l’«Amhran na bhFiann» (Soldier’s Song) irlandais par exemple, que les habitants de ce pays ainsi que tous leurs voisins d’Ulster de souche irlandaise chantent avec ardeur en gaélique, la main sur le cœur.

Rien à voir avec l’hymne national russe, qui exprime tant de ferveur que la population a boudé la «Chanson patriotique» proposée en remplacement de l’air officiel de l’URSS, qui a finalement été réhabilité mais avec des paroles modifiées.

Si l’on en croit les nombreuses tentatives visant à le changer, il faut constater que le «Cantique suisse» s’est imposé faute de mieux. Il n’est pas forcément immuable. Ceux qui s’accrochent à ce chant de Zwyssig et n’admettent pas qu’on puisse envisager un signe identitaire plus moderne confondent patriotisme et conservatisme. Il y a mille façons d’exprimer son sens patriotique. Les membres du comité qui, autour de la Société suisse d’utilité publique, ont réfléchi à un nouvel hymne national n’en sont pas dépourvus. Il y a parmi eux quatre anciens conseillers fédéraux: Ruth Dreifuss et Moritz Leuenberger, Ruth Metzler et Eveline Widmer-Schlumpf. Ce sont des patriotes comme les autres.

Il faut cependant admettre que l’exercice est raté. Le jury a voulu rester proche de la mélopée de Zwyssig, au point que, en fin de compte, celle-ci n’a pas été modifiée d’un iota. Quant au nouveau texte proposé, il ne convainc pas. Il ambitionne de remplacer les références religieuses par des notions de paix, d’équité et de solidarité, mais ça ne prend pas. Le livret du «Cantique suisse» a encore de beaux jours devant lui. Il accompagnera encore longtemps les victoires sportives suisses.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.