Après quatre mois à tourner en rond, vous avez soif de grands espaces? Réjouissez-vous: une jeune start-up américaine organisera bientôt des excursions… dans la stratosphère, apprend-on sur le site de Slate. D’ici à trois ans et demi, vous pourrez (pour la modique somme de 125 000 dollars), vous envoler à 30 km d’altitude dans un ballon gonflé à l’hydrogène. Histoire d’admirer la Terre d’en haut et de tutoyer la couche d’ozone. Le tout en sirotant un mojito – oui, la capsule disposera d’un bar.

D’abord: suis-je la seule que l’idée du vide intersidéral terrorise? Qui ne peut s’empêcher de visualiser (même si le contexte différait légèrement) Sandra Bullock éjectée de sa navette dans Gravity? Mais surtout, je soupire. Car cette start-up n’est pas la première à faire de l’espace une destination touristique. Et à confirmer dans la foulée que notre désir de lointain, d’exotisme, est sans limite.

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Parce que le voyage en Suisse, c’est bien joli, mais qu’on se le dise: une bonne partie des locataires de camping-cars filmés au téléjournal scrutent déjà le site de Ryan Air, impatients de repartir au soleil. Et s’ils avaient malencontreusement oublié les cocotiers, un e-mail, comme celui tout juste arrivé dans ma boîte, vient les rappeler à leur bon souvenir: «C’est le jour J: les Bahamas rouvrent leurs frontières aujourd’hui!» Re-soupir.

Année sabbatique en Australie

L’appétit pour l’inconnu est intrinsèque à notre espèce. Voir le monde, s’égarer comme dirait Bouvier, nous rendrait même meilleurs, ébréchant notre ethnocentrisme et développant notre intelligence culturelle et sociale. Abolir le tourisme, comme certains en rêvent aujourd’hui, semble non seulement illusoire mais aussi synonyme d’appauvrissement de l’esprit.

Reste que pour la génération Y, le long courrier s’est mué en réflexe et l’émerveillement, en dû… avec l’impact écologique qu’on connaît. Les jeunes (qui peuvent se l’offrir) voyagent plus tôt, plus souvent et plus loin que leurs parents – en moyenne, ils se rendent à l’étranger dès l’âge de 5 ans. Et qui se souvient de la grande mode, chez les gymnasiens des années 2010, de l’année sabbatique en Australie?

Depuis, les réseaux sociaux, où les trophées de vacances rivalisent d’azurs bleu saturé, exacerbent encore davantage nos envies d’ailleurs. Moi la première. En 2018, c’est une photo idyllique du Capilano Bridge (ensemble de ponts suspendus près de Vancouver) postée sur Instagram qui m’a décidée à partir au Canada. Résultat: pays magnifique mais bridge noir de touristes. J’ai de loin préféré les forêts denses de l’Alberta – finalement pas si différentes de leurs cousines suisses…

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Pour les jeunes actifs que nous sommes, en recherche d’expériences et de sens, le voyage représente un souffle nécessaire. Mais plutôt que de viser une surenchère de kilomètres, pourquoi ne pas commencer par identifier ce qui nous rend vraiment heureux en vacances? Est-ce vraiment la distance qui nous sépare de notre chez-nous? Pour moi (et pour beaucoup de voyageurs, selon cette étude), le plaisir réside déjà dans l’anticipation, la préparation du départ. Dans le choix de l’hébergement, que j’aime sauvage et cosy. L’état d’esprit aussi est primordial, comme me le rappelait une chère collègue: on a beau s’envoler pour une destination à la mode (#LeCap #Cuba), si l’on reste suspendu à son téléphone professionnel, l’esprit sera plus perméable au stress qu’aux découvertes.

Cela fait un an et demi que je n’ai plus pris l’avion, pause consciente décidée avant le Covid-19. Une expérience de riche, certes, mais un petit record à mon échelle. Les souvenirs sont toujours bleu azur, mais la conscience un peu plus verte. Et le cœur, léger. Bon été!


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