Après cinq séries de débats consacrés à la justice internationale, aux addictions, à l'Afrique, à la sécurité et au choc Russie-Ukraine, c'est au tour de Johan Rochel, spécialiste des questions d'éthique appliquées à la vie en société, de s'interroger avec ses invitées et invités sur les contours d'une utilisation responsable des technologies numériques.

Notre dossier: Quelle éthique pour un monde connecté?

Dans son livre le plus marquant, Sphères de justice (1983), le philosophe américain Michael Walzer a proposé une théorie de la justice où la société est composée de différentes sphères – du marché, de la politique, de la vie familiale, de l’éducation, etc. A ses yeux, les sociétés libérales peuvent accepter certaines inégalités au sein des sphères: certaines personnes peuvent être plus riches que d’autres (entrepreneuses à succès) ou avoir plus de pouvoir politique que d’autres (la première ministre). Mais dans une société juste, ces inégalités ne doivent pas pouvoir être reportées d’une sphère à l’autre. Ainsi, ce n’est pas parce qu’une personne a plus d’argent qu’elle doit recevoir une meilleure éducation ou qu’elle peut acheter des votes. Et ce n’est pas parce que quelqu’un a plus de pouvoir politique qu’il devrait bénéficier de meilleurs soins de santé ou de meilleures opportunités dans ses affaires. Walzer appelle ces reports des «transgressions» entre les sphères.