C’est encore un secret d’Etat: Vladimir Poutine, l’homme fort du Kremlin, se déplacera-t-il ce jeudi à Genève pour signer l’acte d’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC)? Les manifestations politiques de ces derniers jours à Moscou et dans d’autres villes, dénonçant la fraude électorale, pourraient l’en empêcher.

Avec ou sans la présence du premier ministre, l’intégration de l’économie russe dans le système multilatéral, après dix-huit ans de marchandages, de coups de gueule et de crises de nerfs, sera un événement historique. D’abord pour l’OMC qui souffre d’un déficit de crédibilité lié à la paralysie des négociations du Cycle de Doha. L’adhésion de la dernière grande puissance économique mondiale montre qu’elle demeure l’indispensable forum où s’élaborent les règles du commerce international.

Il s’agit ensuite d’une bonne nouvelle pour la Russie elle-même. Ses exportateurs pourront accéder aux marchés mondiaux aux mêmes conditions que les 153 membres de l’organisation. En retour, la Russie devra s’ouvrir davantage aux importations. Ce n’est pas rien: il s’agit d’un marché de 141 millions de consommateurs dont l’Europe est le premier partenaire commercial. Les exportations suisses vers la Russie ont presque triplé en dix ans pour atteindre 2 milliards de francs en 2010. Désormais, le commerce avec la Russie sera plus transparent et plus prévisible.

Mais cela reste un défi que d’intégrer une économie dominée par des entreprises d’Etat dans le système de libre-échange. En adhérant à l’OMC, les dirigeants russes savent que l’heure des réformes a sonné. Les chantiers sont multiples. De généreuses subventions publiques arrosent de nombreux secteurs allant de l’agriculture aux télécommunications. L’industrie automobile est toujours protégée de la concurrence. Tout comme les banques et les assurances qui se partagent le marché national. L’ouverture de l’économie russe se fera dans la douleur. La tentation de retarder les réformes, surtout en cette période de contestation politique et sociale, sera grande.

La bonne nouvelle est que les diplomates russes ont négocié des périodes de transition plus longues que celles accordées à la Chine lors de son adhésion en 2001. L’essentiel de la législation commerciale russe est par ailleurs déjà compatible avec l’OMC, la Douma y travaillant depuis une décennie. L’intégration réussie de la Chine à l’économie mondiale peut servir d’exemple. Pour faire aussi bien, Moscou devra encore diversifier son économie. Page 12