Editorial

L’heure de la remise en question sonne au PDC

Avec Christophe Darbellay, Urs Schwaller, Stéphane Rossini, Felix Gutzwiller ou encore Jacqueline Fehr, ce sont d’authentiques poids lourds du parlement qui vont quitter la coupole fédérale cet automne. On part de l’idée que leurs partis respectifs sauront trouver d’intéressants successeurs dans leurs rangs. Mais il y a une formation pour laquelle les enjeux vont bien au-delà des personnes: le PDC, qui perd celui qui le préside depuis 2006 ainsi que celui qui a dirigé son groupe parlementaire entre 2005 et 2014 et continue de jouer un rôle important en coulisses.

Elus tous deux en 2003, Christophe Darbellay et Urs Schwaller ont entamé leur mandat dans la douleur: dix jours après leur prestation de serment, leur jeune conseillère fédérale Ruth Metzler était évincée et remplacée par l’UDC Christoph Blocher.

Cette affaire a fait très mal au PDC. Elle était pourtant le résultat logique d’une lente mais constante érosion, si forte qu’elle ne justifiait plus la présence de deux démocrates-chrétiens au Conseil fédéral. Bénéficiant encore de 21,3% des suffrages aux élections de 1979, le PDC n’a cessé de reculer, passant sous la barre des 20% en 1987 avant de dégringoler à 12,3% en 2011. Le dernier baromètre électoral lui prédit 11,5% cet automne.

Dans ce contexte difficile, Christophe Darbellay aura au moins eu le mérite de durer. Alors qu’aucun de ses cinq prédécesseurs immédiats n’était resté en place plus de quatre ans, le Valaisan aura réussi à conserver la présidence du PDC suisse pendant dix ans – il remettra sans doute son mandat l’an prochain.

Parfaitement bilingues, Christophe Darbellay et Urs Schwaller auront, durant cette période, assuré une forte présence médiatique des deux côtés de la Sarine. Le PDC ne s’est pas renforcé pour autant, ne présente pas de ligne claire et reste miné par des forces centrifuges internes.

La recherche d’alliances n’a pas simplifié les choses. Le PDC s’acoquina d’abord avec les Vert’libéraux, puis tenta de le faire avec le Parti bourgeois-démocratique (PBD). Ces efforts n’ont raffermi ni l’image, ni l’unité du parti, qui n’est pas unanime quant à la stratégie à adopter. Par ailleurs, les deux initiatives populaires fiscales qu’il a lancées ne lui ont pas apporté les résultats espérés. La première a échoué, la seconde est controversée.

La campagne pour la succession de Christophe Darbellay sera un enjeu majeur pour l’avenir du PDC. Le virage «vert» amorcé sous la présidence du Valaisan sera peut-être remis en question. Il serait cependant risqué pour le parti que son aile droite, centrifuge, très alémanique, s’impose.