La Suisse vit l’une des pires crises de son histoire. Elle est fortement critiquée pour sa gestion de la pandémie, qui fait d’elle l’un des plus mauvais élèves d’Europe. Le Conseil fédéral est également secoué. On est très loin de l’union sacrée célébrée au printemps. Le ministre de la Santé, Alain Berset, peine de plus en plus à imposer sa vision sanitaire. Le pays est lui aussi divisé, avec des cantons alémaniques qui refusent de prendre des mesures adéquates pour lutter contre le covid.

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C’est dans ce contexte, extrêmement tendu, que la Suisse change de président. Guy Parmelin succédera dès le 1er janvier à Simonetta Sommaruga. La Bernoise a joué la Mère de la nation. Elle est intervenue dans les moments clés à la fois pour lancer des appels solennels et rassurer. Aujourd’hui, Guy Parmelin est encore loin d’incarner cette figure forte si utile en période mouvementée.

Fort scepticisme

Sera-t-il le président dont la Suisse a besoin en pleine crise? Les sceptiques sont largement majoritaires. L’homme souffre d’un manque de charisme et n’est pas à l’abri de gaffes. Le spectre de la présidence catastrophique de Johann Schneider-Ammann, lui aussi ministre de l’Economie, hante les couloirs du Palais fédéral. Au mois d’avril, Guy Parmelin avait déclaré que l’aide apportée par la Confédération aux entreprises ne devait pas devenir «un oreiller de paresse». Les réactions courroucées n’ont pas tardé. Espérons que ce faux pas serve de leçon au nouveau président, qui devra soigner sa communication.

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Sous influence

Autre reproche, le Vaudois est un homme sous influence. Au sein de son département, il peine à se distancier du très libéral Secrétariat d’Etat à l’économie, fortement opposé à toute intervention publique. D’où des maladresses et des revirements dans le soutien aux cas de rigueur. Il doit aussi s’émanciper de son parti. Tâche très compliquée, particulièrement sur l’épineux dossier européen, car il est sous surveillance. D’ailleurs, deux anciens secrétaires généraux de l’UDC suisse figurent dans sa garde rapprochée.

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Guy Parmelin aura à cœur de donner tort à tous ses détracteurs. Cette année est décisive pour sa carrière politique. Ne le sous-estimons pas totalement. Il y a encore quelques années, personne ne le voyait conseiller fédéral… sauf lui. Pragmatique et collégial, il peut, avec son bon sens terrien, rassurer les Suisses. Pour cela, il devra absolument éviter tout faux pas et épouser la fonction. Comme aiment à le dire les Vaudois, Guy Parmelin ne peut que décevoir en bien.