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L’histoire du Gothard à la rencontre de la fiction

Sur Facebook, la RTS raconte les débuts du tunnel à travers les yeux du reporter Ferdinand Rochat, personnage fictif mais réaliste «né» en 1841

Raconter le Gothard autrement. C’est le pari de la RTS qui revient sur la construction du premier tunnel ferroviaire à travers les yeux d’un journaliste envoyé sur place dès 1873. Personnage fictif, mais réaliste, le jeune homme baptisé Ferdinand Rochat narre son périple à la mode d’aujourd’hui: sur Facebook. Une trame gorgée d’anecdotes entre trajets en train, découverte des chantiers et haltes dans des auberges isolées. Tous les lieux, les événements et les personnages rencontrés sont véridiques, archives à l’appui.

A quelques jours de l’inauguration du tronçon supplémentaire, l’expérience allie histoire et fiction pour incarner cet épisode fondateur de la Suisse moderne. Sur la page du «jeune journaliste de la Gazette de Lausanne», riche de quelque 850 fans, les internautes se prennent au jeu.

«Voilà bien ma chance! En me rendant tôt ce matin au bureau de l’entreprise de feu M. Favre, par un froid mordant et un ciel bleu azur, j’ai fait la connaissance de M. l’ingénieur Gustave Bridel. Celui-ci m’a déclaré vouloir monter dès ce matin à Göschenen. Il m’invite à l’accompagner.» Derrière ce billet posté «d’Altdorf, le jeudi 26 février 1880», se cache l’historien indépendant Gérard Duc. Magali Philip, journaliste spécialiste des réseaux sociaux à la RTS qui pilote le projet, l’a mandaté, ainsi que son confrère Olivier Perroux, pour être «l’âme» de Ferdinand Rochat.

Jouer de l'anachronisme

Le ton soigné, vieillot, du personnage, très brièvement décrit, entretient volontairement le flou et joue de l’anachronisme. «Idéalement, nous aurions voulu exploiter les mémoires d’un véritable témoin du chantier, comme cela a été fait avec des poilus de la Première Guerre mondiale, explique Magali Philip. Nous n’en avons malheureusement pas trouvé. D’où l’option d’une fiction qui colle au maximum avec la réalité.»

Sans attaches réelles, le personnage de Ferdinand s’inspire fortement de Jean-Elie David, correspondant de la Gazette ayant assisté au percement du Simplon, vingt ans plus tard. «Nous avons longuement hésité entre la figure du journaliste et celle de l’ingénieur ou de l’ouvrier. La première était finalement la plus plausible.» Cheveux sombres soigneusement plaqués et fine moustache, Ferdinand Rochat s’affiche, plus vrai que nature, en photo de profil. «Une dessinatrice a créé un visuel pour que les internautes puissent s’attacher au personnage.» L’idée étant d’intéresser le public à un sujet passablement ardu et technique.

Dialogue passé et présent

Sur Facebook, les récits de Ferdinand donnent lieu à des échanges un brin surréalistes. Grâce à Internet, le journaliste de l’époque défie les siècles, il commente, like et renseigne les curieux. «Cher Ferdinand. C’est une bonne nouvelle de savoir que vous pouvez rejoindre les grandes villes dans un confort toujours grandissant, et la construction de ce tunnel au St-Gothard est une pierre de plus à l’édifice de la liberté de mouvement dans toute l’Europe. Imaginez-vous un grand avenir pour le chemin de fer en Suisse?», poste Adrien Brüllmann. «Excellent angle d’approche de notre histoire!», déclare quant à lui l’évêque de Genève, Lausanne et Fribourg, Charles Morerod.

«Bonjour M. Rochat! Je me réjouis de lire votre compte rendu du percement final du tunnel! Y aura-t’il d’autres journalistes? Comment l’événement est-il couvert par vos confrères? Et qu’en dit-on dans le reste de l’Europe?», questionne Antoinette Dapples. «Des amis à Lausanne me signalent que vous êtes de plus en plus nombreux à suivre mes récits sur ce journal qu’on appelle Facebook (concurrent de mon employeur «La Gazette de Lausanne» mais si pratique pour vous faire part au quotidien de ce que je vis ici au Saint-Gothard). Je vous en remercie», salue l’intéressé, qui semble attendre l’inauguration du 1er juin avec la même excitation que le public d’aujourd’hui. Il a même créé un événement Facebook baptisé «Enfin?» pour l’occasion. Y assisterez-vous?

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