Revue de presse

L’histoire poignante du DJ italien tétraplégique venu se suicider en Suisse

Fabiano Antoniani est mort lundi matin à Zurich. Symbole en Italie de la lutte pour la mort volontaire, il avait à plusieurs reprises interpellé la classe politique pour que la loi sur le suicide assisté évolue, en vain. A 39 ans, DJ Fabo a ému toute l’Italie

Fabiano Antoniani, 39 ans, connu sous le nom de DJ Fabo en Italie, est mort en Suisse lundi. Cet homme, gravement atteint dans sa santé après un accident de la route en 2014, militait pour le droit à la mort dans son pays. «A 39 ans, il était tétraplégique et aveugle», précise Euronews. Il n’a donc «pas pu voir la lumière qui inondait le ciel de Zurich», écrit La Stampa de Turin.

«Il était également perclus de douleurs, et ne s’exprimait que difficilement» oralement, ajoute Le Huffington Post (LHP). Il a finalement recouru aux services d’une association d’aide au suicide suisse. L’information a fait la une, lundi, des quotidiens de la péninsule et ouvre largement le débat politique, mettant en lumière les pratiques helvétiques, après que la justice italienne avait, à plusieurs reprises, refusé le droit de mourir à cet homme. L’Eglise catholique condamnait aussi fermement son projet. Il est d’ailleurs frappant de constater à quel point l’Italie est encore rétrograde sur les grandes questions de société comme l’avortement, l’euthanasie ou même le divorce, à lire certains tweets:

«En janvier, le DJ avait interpellé le président de la République italienne [Sergio Mattarella] dans une lettre ouverte publiée dans le Corriere della Sera», lit-on encore dans LHP: «Monsieur le président de la République, je voudrais pouvoir choisir de mourir sans souffrir. Faites-moi sortir de cette cage», avait-il aussi supplié dans un message vidéo lu par sa compagne.

A la suite de quoi des personnalités «ont soutenu son combat ouvertement, à l’instar de l’écrivain et réalisateur Roberto Saviano, […] qui vit sous protection policière depuis la sortie de son film Gomorra, […] consacré à la mafia napolitaine». Il «s’est personnellement engagé dans le combat de DJ Fabo» et a annoncé la mort de son compatriote sur sa page Facebook:

Mais il y a encore plus poignant dans cette histoire que raconte Il Post avec talent, pudeur et une très grande objectivité. Car le 20 janvier dernier, DJ Fabo décrivait, sur sa page Facebook à lui – qui lui a également «servi de relais médiatique pendant sa campagne» – «la manière dont il aurait aimé réellement mourir, s’il n’avait pas eu à subir tant de souffrances physiques». «L’Etat m’oblige à émigrer pour pouvoir me libérer d’une torture insupportable et infinie», déplore-t-il encore sur le réseau:

Traduit en français, par LHP toujours, cela donne: «Merde à l’ennui… merde aux problèmes… merde à la maladie… merde à la tétraplégie… merde à mes yeux aveugles… merde au connard… merde à la malchance… maintenant stop… mets un disque… et danse danse danse jusqu’à ce que tu n’aies plus de force… jusqu’à ce que la moindre goutte de transpiration s’évapore de ton corps… jusqu’à ce que tu sois tellement saoul et que tu ne puisses plus tenir sur tes pieds… drogue-toi en toute conscience… jusqu’à ce que chaque partie de ton corps ressente la musique… quand tout peut arriver… laisse la musique t’emporter… jusqu’à ce que tu tombes entouré des plus beaux rêves… peut-être… sans que tu ne puisses te réveiller… c’est la mort dont j’ai toujours rêvé…»

Dans un tout récent message vidéo publié vendredi dernier, l’artiste mettait en cause les autorités de son pays: «C’est une honte qu’aucun parlementaire [italien] n’ait le courage de militer pour une loi dédiée aux personnes qui souffrent, qui ne peuvent mourir chez elles, qui doivent se rendre dans un autre pays et compter sur une loi qui devrait aussi exister en Italie»:

Marco Cappato, membre des Radicaux italiens (Radicali italiani, de mouvance libérale) a accompagné Fabiano Antoniani à Zurich pour bénéficier des services d’Exit. Il tweetait ce lundi matin: «Fabo est mort à 11h40. Il a décidé de s’en aller en respectant les lois d’un pays qui n’est pas le sien», mettant en cause le refus de l’Etat italien d’autoriser l’euthanasie. Le politicien risque maintenant 12 ans de prison.

Euronews précise encore que l’euthanasie est pour l’heure interdite en Italie: «Un projet de loi devrait être examiné pour lui donner un cadre légal, même si les pistes sont multiples quant à la forme que pourrait prendre ce cadre. Après avoir été repoussé plusieurs fois, une première discussion des parlementaires devrait avoir lieu en mars.» Mais DJ Fabo ne l’attendra plus: «Il s’est retiré de la scène» où il aimait à briller dans la lumière et dans la musique, «au cours d’une vie très excitante», indique Il Messaggero, sur le site duquel le débat est très vif entre internautes. Sans compter l’émotion présente dans des centaines de micromessages publiés sur Twitter, et en particulier celle ressentie dans le petit monde de la musique:

Le correspondant à Rome des Echos explique qu'«on en parle pourtant depuis près de dix ans», de l’euthanasie en Italie, depuis 2009 au moins lorsque «la décision d’arrêter l’alimentation d’Eluana Englaro met un terme à son coma végétatif, qui avait duré dix-sept ans. Une affaire qui déchire alors le pays mais ne débouche sur rien de concret. Le débat n’arrive devant le parlement qu’en mars 2013 pour s’enliser immédiatement. […] Le ton du débat dans la société a pourtant bien changé […]. Certains criaient, hiérarque du Vatican en tête, à un abominable assassinat».

Aujourd’hui, «l’archevêque de Bologne constate la difficulté de parler du cas de DJ Fabo. Quant au président de l’Académie pontificale pour la vie, il déplore une défaite amère pour tous dans cette affaire, mais estime qu’une loi n’est pas la solution. […] En Italie, ils sont de plus en plus nombreux à penser, en revanche, qu’elle favoriserait celle du respect de la dignité humaine et du libre arbitre. D’après diverses enquêtes, 60% des Italiens y sont favorables et 42% des médecins.»


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