Opinion

L’Homme parviendra-t-il à se sortir de son autisme pour embrasser le monde?

Pour l’anthropologue Miguel Norambuena, il faut réussir à penser l’humain comme une créature agissant en étroite interdépendance et résonance avec son entourage et les autres espèces existantes sur la Planète

«L’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle est capable de résoudre.»: cette phrase écrite par Karl Marx, en 1859, est remplie de bonnes intentions mais n’aura pas fait long feu. Avec l’ère industrielle et l’émergence des économies d’extraction d’énergies fossiles, l’humanité n’aura développé au long de son histoire que de «grands problèmes» irréversibles.

La prolifération tous azimuts sur la Terre et la stratosphère, marquant l’empreinte de l’Humain sur les différentes couches géologiques – passage de l’ère de l’holocène à celle de l’anthropocène – en est la preuve. Autrement dit: «rien de ce que nous faisons ou ne parvenons pas à faire ne saurait être indifférent au destin d’autrui», comme le formule le sociologue Zygmunt Bauman.

Les premiers effets de serre

C’est à l’introduction des premières machines à vapeur, en 1784, que l’Occident produisit ses premiers effets de serre. La production ininterrompue de charbon qui suivit mit en circulation et de manière irréversible du gaz dans l’atmosphère. A la production de charbon s’est associée celle du pétrole, déclarée en 1910 matière première stratégique: divers carburants vont être produits et commercialisés ainsi que tous nos plastiques, textiles et caoutchoucs synthétiques.

Sans aller très loin, selon l’Association de Sauvegarde du lac Léman (ASL), ce dernier est aussi contaminé par des microplastiques. La truite de grande taille est interdite à la consommation, compte tenu de ses taux élevés de polychlorobiphényls (PCB), un hydrocarbure classé polluant et toxique pour l’homme.

Le pétrole, alors, émetteur de dioxyde de carbone (CO2) mais aussi de dioxyde de soufre (SO2) devient après le charbon le second grand problème planétaire, sans véritable réponse industrielle alternative.

De son côté, la consommation d’automobiles ne cesse de croître. A titre indicatif, PwC prévoit qu’en 2020, 109 millions de véhicules seront assemblés. Ce chiffre devrait même augmenter si on lui ajoute la consommation de voitures soutenue par les gouvernements européens (PwC).

La pollution

Enfin, bien sûr, l’industrie des bisphénols et autres pesticides, aujourd’hui connus comme pouvant être des perturbateurs endocriniens, suspectés d’être la cause d’augmentation de troubles et maladies émergentes comme les cancers hormono-dépendants, l’infertilité, les troubles métaboliques et neurocomportementaux.

Dans un tout autre domaine industriel qui est celui du numérique, les applications made in USA, telles que Google et Amazon sont en train de bouleverser nos modes de vie. Laurent Alexandre rappelle que Google est aussi un vaste projet politique, messianique et transhumaniste qui vise à changer l’homme et son destin biologique.

Un silence hypnotique

Curieusement, nous vivons cette véritable et radicale révolution de mentalités dans le plus grand silence hypnotique, civique, politique et gouvernemental!

Cette récurrente cécité trouverait son origine, d’après le philosophe Dominique Lestel, dans les fondements culturels et philosophiques datant du passage de l’aire des chasseurs-cueilleurs à celle des éleveurs et agriculteurs.

Elle se retrouve dans la croyance générale que l’humain est une fin en soi, se percevant comme le Tout du monde, dans un autisme paroxystique. C’est une manière pour l’Homme, et cela depuis toujours, de se sentir supérieur à l’animal et de se réfugier dans un anthropocentrisme exacerbé, jamais dépassé.

Ce processus d’aliénation de sa propre ontogenèse, de la Nature et de l’animalité dont l’Humain est issu, est en train de le détacher de lui-même au profit de la machine. Cette dernière étant chère aux transhumanistes, sous forme d’artefacts, de robots, de transplants au cerveau ou, du vivant biologiquement modifié.

Une nouvelle épistémologie relationnelle

Il ne s’agit pas ici d’être contre quoi que ce soit, y compris même la technologie. Mais, il s’agit de s’offrir la possibilité de s’émanciper de la dialectique, afin de trouver les points critiques et détours où de possibles «éco-bifurcations» économiques, industrielles et énergétiques puissent s’opérer efficacement. Bifurquer vers ce vaste mouvement innovateur, énergétique et entrepreneurial, qui jaillit aujourd’hui de partout dans le monde, ajoute une valeur inestimable à la qualité de vie de chacun.

Seul ce mouvement de reconversion industrielle vers les énergies renouvelables, non – polluantes, est capable d’aller dans le sens d’une nouvelle «épistémologie relationnelle» et de faire basculer l’irréversibilité des «grands problèmes» crées par l’homme et son «illusion anthropocentrique».

En un mot, réussir à penser l’humain comme une créature agissant en étroite interdépendance et résonance avec son entourage et les autres espèces existantes sur la Planète.


Miguel D. NORAMBUENA, ancien directeur du Centre Le Racard, fondateur du centre Le Dracar, à Genève

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