«Je n'ai jamais rêvé devenir président des Etats-Unis», confiait en septembre George Walker Bush au magazine Talk. Et, s'il paraît bien parti pour devenir le 43e locataire de la Maison-Blanche, George Bush Junior, fils de président et petit-fils de sénateur, était sûrement sincère. Car rien ne prédestinait le fils aîné de George et Barbara Bush à suivre l'exemple paternel, même si l'itinéraire de sa vie se lit comme un bis repetita de celui de son père, brio en moins. C'était plutôt sur les épaules de Jeb, le cadet, actuel gouverneur de la Floride, parce que plus sérieux et plus brillant, que reposaient les ambitions politiques de la troisième génération Bush.

La roue du destin a tourné en cette nuit de novembre 1998, quand George, l'enfant terrible du clan, gagnait brillamment sa réélection au poste de gouverneur du Texas, avec 69% des voix. Sans le vouloir, George Bush Jr devenait l'homme providentiel du Parti républicain, le rassembleur qui lui permettrait de regagner la présidence.

W. (prononcez Dubya, accent texan oblige) doit l'essentiel de son ascension dans les sphères les plus influentes de l'establishment politique et économique du pays au nom Bush, même s'il préfère se décrire comme un «self-made-man», ce qui fait sourire jusque dans les cercles républicains. Il hait le mot «dynastie», lui préférant le concept de «lignage de serviteurs de la fonction publique». Reste que sans le père et ses influentes relations, W. ne serait encore que George Jr.

Les médias américains se plaisent à souligner qu'il sera, s'il est élu, le président au «resume» (curriculum vitae) le plus maigre de l'histoire. W. a du reste la réputation de préférer les «résumés» aux longs rapports détaillés, les comptes rendus expéditifs aux conférences sans fin. Et, bien qu'il aligne deux diplômes des plus prestigieuses universités du pays, Harvard et Yale, il y fut un étudiant médiocre, qui brillait plus par son sens aigu de la camaraderie et par son affabilité que par son intellect ou ses mérites sportifs. Sa méconnaissance des affaires du monde et ses ratés dans l'élocution font craindre qu'il ne possède pas l'expérience et les connaissances nécessaires pour la fonction.

Son engagement politique n'a pas frappé non plus ses camarades de volée. Alors que les campus américains résonnaient des protestations contre la guerre du Vietnam, George Bush fréquentait les fraternités et se bâtissait une réputation de fêtard et de buveur de bière impénitent. «Quand j'étais jeune et irresponsable, j'étais jeune et irresponsable», dit-il de cette période de sa vie. La rumeur, insistante mais non attestée, voudrait qu'il ait aussi touché à la cocaïne durant ses jeunes années. Il n'a ni démenti ni confirmé, se bornant à dire qu'il n'avait pas consommé de drogue durant les vingt-cinq dernières années. Ses rivaux démocrates se gardent de forcer le jeu des devinettes, eux qui n'ont cessé de dénoncer la chasse aux sorcières contre leur président. Reste que la question mérite d'être posée dans un pays, et plus particulièrement au Texas, où plus de la moitié des prisonniers purgent des peines souvent très lourdes pour consommation ou trafic de drogue.

L'orage a passé, mais il pourrait tonner plus fort à l'automne si la campagne tourne à l'aigre.

Après la Business School de Harvard, George Bush s'engage dans la garde nationale du Texas, pour fuir le Vietnam, disent ses détracteurs, «pour apprendre à piloter des avions de chasse», rétorque-t-il. Il y passera deux ans. Il cumulera ensuite les petits boulots, dans l'agroalimentaire, la finance et la politique, «se cherchant», avant de retourner en 1975 à Midland, la ville de son enfance dans l'ouest du Texas. Il y épouse Laura Welsh, qui lui donnera deux jumelles, et il se lance avec une fortune discutable dans le pétrole, comme son père. Il évitera le désastre financier grâce à l'influence et l'argent des amis de la famille, qui investiront dans sa compagnie mais n'en retireront rien. George s'en sortira en revendant ses actions quelques jours avant l'annonce d'un bilan désastreux. Certains y ont vu un délit d'initié, mais ces accusations n'ont pas été vérifiées. Nous sommes alors en 1989. Bush Sr est président des Etats-Unis, Bush Jr n'a toujours pas trouvé sa voie, mais il a renoncé à l'alcool après sa rencontre avec Dieu. Un tournant décisif. Il acquiert alors l'équipe de baseball des Texas Rangers et se fait pour la première fois un nom sans l'ombre du père. Les succès de l'équipe sous sa direction le rendent populaire au Texas. Pour la première fois, il songe sérieusement à se lancer en politique et vise le poste de gouverneur de son Etat qu'il décroche à la surprise générale en 1994.

Son premier mandat sera un succès. Il gouverne en surfant surtout sur les thèmes les plus populaires. Sa phobie des conflits l'amènera souvent à chercher le compromis avec un parlement démocrate. Un signe d'intelligence, reconnaissent ses détracteurs dans un Etat où les pouvoirs du gouverneur sont limités à la portion congrue (le budget est rédigé par le législatif, les membres de son cabinet sont élus par le peuple). Grâce à son inflexibilité sur la peine de mort (il a présidé à plus de 130 exécutions) et dans la lutte contre la criminalité, en dépit de ses accointances avec le secteur pétrolier (il a limité la portée de la législation sur la responsabilité civile des entreprises), il a su gagner l'affection d'une majorité de Texans moyens grâce à une politique consensuelle et généreuse en matière d'éducation et d'immigration. Peu importe du reste que les programmes dont il s'arroge les mérites aient été initiés, pour nombre d'entre eux, par son prédécesseur, le gouverneur Ann Richards.

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