Des femmes de tous horizons prennent la parole, portent des revendications avec force pour faire émerger une société plus juste. Mais les hommes, que font-ils pour déconstruire le modèle patriarcal? Cet été, notre chroniqueur explore la thématique

Episode précédent: Façonner des «hommes justes», en se prenant une bonne claque

Au-dessus de la marée humaine, un supporter tend un drapeau à la croix de saint Georges. Nu comme un ver, il bondit devant le stade de Wembley, à Londres, où son équipe nationale s’apprête à jouer une finale de l’Euro. Sa performance déculottée amuse la galerie masculine à ses pieds et le Daily Star, crème de la presse britannique, de saluer son courage.

L’attribut viril exhibé devant une arène mythique du football, quel culot! Sur les réseaux, l’auteur anonyme reçoit des louanges pour avoir affiché son enveloppe charnue, dans un mélange de rire gras et de jubilation retenue. Pourtant, sur ces mêmes réseaux, des internautes crient à l’offense au moindre téton dévoilé, et obtiennent gain de cause auprès de plateformes pudibondes quand il s’agit d’un corps de femme.

Un quasi-entre-soi masculin

Un décalage injuste et à la raison évidente: ce supporter anglais incarnait un idéal viril, il faisait corps avec les champions aux muscles saillants qui allaient lutter pour la victoire. Ce soir-là, le sport devenait pour lui et la foule un brin éméchée qui l’entourait, un «remède à notre infirmité publique», selon les mots de Pierre de Coubertin, le tout dans un quasi-entre-soi masculin. Une ferveur que ne connaissent – pas encore – les compétitions féminines. Encore aujourd’hui, on salue la finesse des joueuses avec le ballon rond plutôt que leur puissante ossature, signe de préjugés ancrés depuis la tendre enfance.

Les petits garçons sont encouragés à s’aguerrir, à s’inspirer des grands hommes. Ils se mesurent d’abord à leurs camarades, crampons moulés et chaussettes remontées. Parfois, en plein championnat, ce rituel s’enraye. Une équipe de filles débarque sur la pelouse. Une fois le coup d’envoi donné, les garçons perdent le fil de leur partition masculine.

Je peux en témoigner, encore marqué par cet épisode de ma pré-adolescence. Sur le terrain, personne n’osait tendre la jambe pour couper la course des attaquantes. Score final: 3-0, ou autre résultat humiliant (ma mémoire flanche, ce qu’on appelle plus communément le déni). Contrairement à celle du supporter anglais, cette déculottée avait du bon. Subitement, l’homme-roi était nu. Pour le mieux.

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