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Landsgemeinde. Appenzell, 29 avril 2018.
© Patrick Huerlimann/Keystone

Ma semaine suisse

L’hôpital au cœur de la cité

OPINION. Le vote des Appenzellois pour maintenir un hôpital dans le demi-canton des Rhodes-Intérieures illustre une fois de plus l’impasse de nos politiques de la santé, écrit notre chroniqueur Yves Petignat

Un hôpital de 26 lits pour les 16 000 habitants du canton. Dont généralement les trois quarts des patients se font hospitaliser à l’extérieur. Les sentiments et les émotions auront eu raison de tous les arguments rationnels, dimanche, en Appenzell Rhodes-Intérieures. La Landsgemeinde a voté un crédit de 41 millions de francs pour construire un nouveau centre de soins et d’urgences.

Record européen

Parce qu’il s’agit de la vie et de la mort, un hôpital est un lieu rempli d’émotions et une réponse aux besoins de sécurité. Mais c’est aussi un marqueur d’identité, une preuve de l’existence d’une communauté. Ce n’est pas un hasard si l’architecture hospitalière, du Moyen Age au baroque, a aussi fortement marqué nos petites villes. Les placides Appenzellois, qui bénéficient de la politique de santé la moins chère de Suisse, n’auront réagi guère différemment des Chaux-de-Fonniers, en état d’insurrection pour maintenir leur établissement. Et on a vu à Moutier l’enjeu que constituait l’hôpital dans le plébiscite sur le choix du canton. Cela explique que, malgré les tentatives de réorganisation de la part des ministres cantonaux de la santé, la Suisse compte toujours la plus forte densité d’hôpitaux en Europe. Mais aussi les dépenses de santé par habitant les plus élevées au monde, après les Etats-Unis. Même si les hôpitaux ne sont responsables que d’un peu plus d’un tiers de la hausse de ces coûts. La libéralisation progressive du secteur, avec les choix illimités offerts aux patients – lieu d’hospitalisation, traitements – a conduit à faire de la santé un bien de consommation comme un autre. Ou plutôt supérieur à d’autres, puisque l’aspect émotionnel et affectif l’emporte.

Aucune instance politique ou économique ne maîtrise la politique de santé

De sorte que dans l’assurance obligatoire des soins (AOS), la prime mensuelle moyenne d’un adulte pour le modèle standard avec franchise ordinaire est passée de 173 francs en 1996, date de l’obligation de s’assurer, à 412 francs en 2015. C’est une lente mais sûre asphyxie des capacités financières de près de 40% des familles, selon un sondage Comparis.ch de 2017. La récente sortie de la directrice de la caisse CSS, Philomena Colatrella, proposant d’augmenter la franchise maximale de 2500 à 5000 voire 10 000 francs, afin de baisser les primes, illustre de manière pathétique l’échec et la désorientation des politiques. Quand ce n’est pas le fatalisme. Depuis bientôt vingt ans, toutes les tentatives ont lamentablement échoué dans la réforme de la loi sur l’assurance maladie, de sortir de l’obligation de s’assurer, de limiter les hausses de coûts ou les prestations, de fixer les primes selon le revenu ou de créer une assurance de base unique.

L’abandon au marché

C’est qu’aucune instance politique ou économique ne maîtrise la politique de santé. Il n’y a pas de patron capable de définir une ligne et de la faire accepter. Ou plutôt, il y en a trop. Entre ministres cantonaux de la santé, impuissants à faire pression sur les coûts et le volume de prestations, caisses maladie lancées dans la course de la concurrence, médecins, lobby de l’industrie pharmaceutique, chacun a une parcelle de pouvoir et défend des intérêts opposés. La prise en otage idéologique paralyse toute recherche de consensus. La tendance est à abandonner la place au marché. Quel est dès lors le sens de la politique, sinon celui d’un discours absurde, si elle ne se traduit pas par l’action et donc par l’amélioration du sort de chacun dans la cité?

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