Le procès durera deux mois. Au Palais de justice de Montréal, 14 jurés vont entendre d’innombrables expertises et devront in fine trancher, devant un public fourni – qui suit les débats dans une salle attenante, car les places dans l’espace principal sont très limitées. Le procès de Luka Rocco Magnotta a commencé lundi, et, fascination morbide ou pas, il passionne loin au-delà du Québec. ICI Radio-Canada parle de «l’une des affaires criminelles les plus médiatisées et bouleversantes au Canada». En mai 2012, Luka Rocco Magnotta, âgé aujourd’hui de 32 ans a assassiné puis dépecé Jun Lin, un étudiant chinois en génie à l’Université Concordia, en filmant ses gestes avant d’envoyer des morceaux du corps à certains notables, dont le premier ministre Stephen Harper. Mardi, des témoignages ont d’ailleurs précisé la teneur des colis et des mots qui les ont accompagné, notait le portail Canoe.

Surnommé, un peu à la manière du XIXe siècle, le «dépeceur de Montréal», le criminel avait produit une vidéo en effet épouvantable, que nous avions évoquée ici. Les jurés vont subir de pénibles moments. Dès le deuxième jour, Le Parisien, qui a dépêché un envoyé spécial, a parlé d’une «plongée dans l’horreur». ICI Radio-Canada a détaillé certaines des photos utilisées ce jour-là. Au reste, le Journal de Montréal a mis en avant le fait qu’une séquence du début de la vidéo aurait été filmée auparavant et comporterait une autre personne, ce qu’avance l’accusation.

Outre l’évidente douleur de la famille – le père de la victime assiste au procès –, La Presse a relevé que les jurés sont aussi concernés: «On le sait déjà, les preuves et les descriptions du meurtre de l’étudiant chinois Lin Jun seront perturbantes, et pas seulement pour la famille du disparu. Les jurés seront eux aussi exposés à l’horreur sur une base quotidienne. Certains courent même le risque de subir un choc post-traumatique.»

Ceci étant, le procès va surtout prendre la forme d’une bataille d’experts.

D’entrée de jeu, lundi, le suspect a reconnu les faits, mais décliné les cinq chefs d’accusation au motif d’une irresponsabilité. Le Devoir a précisé: «L’avocat de Luka Rocco Magnotta affirme que son client n’est pas criminellement responsable du meurtre de l’étudiant chinois Jun Lin et qu’il est schizophrène. Magnotta souffre d’un trouble de la personnalité limite, a déclaré Me Luc Leclair lors de la première journée du procès pour meurtre prémédité. Il a ajouté qu’il existait de nombreux antécédents de schizophrénie dans la famille de l’accusé. «J’ai l’intention de vous prouver qu’au moment des événements, il n’était pas criminellement responsable», a dit l’avocat en s’adressant aux huit femmes et six hommes membres du jury.»

Pour sa part, a encore résumé Le Devoir, l’accusation va plaider la méticuleuse préparation: « [...] le procureur Louis Bouthillier a dit vouloir prouver la préméditation de chacun des crimes reprochés à Magnotta. «Les deux mots que vous devez garder à l’esprit en écoutant la présentation des preuves sont «planifié» et « délibéré».»

Les médias n’attendent pas la comparution des experts pour en assigner quelques sur leurs sites et dans leurs colonnes. La radio privée 98,5 cite ainsi le psychologue Hubert Van Gijseghem, lequel «estime qu’il ne sera pas facile pour l’avocat de Luka Roco Magnotta de convaincre le jury que son client est non-criminellement responsable de la mort de l’étudiant chinois Jun Lin. Selon lui, il est encore difficile de définir que la schizophrénie paranoïaque entraine un verdict pour troubles mentaux.»

Depuis la salle d’audience, le Huffington Post Québec précise que «Luka Rocco Magnotta assiste au procès depuis une cage de verre. Il est impassible la plupart du temps.»

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