Environnement

L’huile de palme, le dernier combat de Schneider-Ammann

Sauver la forêt ou le libre-échange? Le Conseil des Etats a finalement opté pour le maintien du commerce de l’huile de palme avec la Malaisie et l’Indonésie. Comme le souhaitait Johann Schneider-Ammann

«On devrait mettre 21 conseillers d’Etat et un conseiller fédéral dans un avion et leur faire cueillir des noix de palme dans la forêt vierge».

Ce tweet amer d’une internaute germanophone reflète le goût laissé par le débat mardi du Conseil des Etats sur l’huile de palme. Faut-il ou non l’exclure du traité de libre-échange en train d’être conclu avec la Malaisie et l’Indonésie? Les sénateurs n’ayant pas réussi à se départager sur la question, c’est la voix de leur présidente, la PLR Karin Keller-Sutter, qui a fait la différence. Soit dit en passant, la favorite à la succession du conseiller fédéral.

Défaite amère pour les paysans

Une déception pour le socialiste Roland Ziegler, qui s’en est pris sur Twitter à sa collègue de parti Pascale Bruderer Wyss: «J’espère que tu avais une bonne raison de ne pas avoir voté la motion Grin.» L’intéressée n’a pas réagi.

La défaite est amère également pour les paysans. En effet, c’est un agriculteur, le député UDC vaudois Jean-Pierre Grin, qui avait déposé la motion. «La motion Grin torpillée aux Etats, malgré les nombreuses critiques des effets dévastateurs des cultures et du business de l'#HuileDePalme. L'@usp attend du @chparlement et du Conseil fédéral une prise au sérieux des réserves émises et un zéro concession», a protesté l’Union suisse des paysans sur Twitter.

Efforts «réduits à néant»

En plus d’être bénéfique pour l’environnement, la motion va aussi dans le sens de l’agriculture, ce qu’a souligné l’écologiste genevois Robert Cramer lors du débat. Alors que les producteurs suisses s’efforcent de développer des cultures de colza qui puissent remplacer l’huile de palme, ces efforts seraient réduits «à néant» si l’on décidait de faciliter l’importation d’huile de palme, a-t-il argumenté. En vain. «Mauvaise décision du Conseil des Etats sur l'#HuileDePalme, passée inaperçue du fait de la démission de #JSA, grand promoteur des importations d’huile de palme. Espérons que le Conseil national, qui avait accepté la motion Grin, corrigera le tir», a aussi déploré la députée du camp vert Adèle Thorens sur Twitter.

Des places de travail avant tout

Mais la décision prise de justesse a aussi fait des heureux. Le premier d’entre eux étant le ministre de l’Economie, fervent avocat du libre-échange, qui est même resté aux Etats écouter le débat alors que sa lettre de démission était lue au National. Face à la division du plénum, Johann Schneider-Ammann a d’abord dit se trouver «quelque peu dans un dilemme», avant de laisser parler l’entrepreneur en lui: «Je veux des emplois ici en Suisse; je veux de la création de valeur. Je veux ainsi aider à promouvoir le commerce aussi bien que possible. Cela nous a réussi, cela nous a apporté du plein-emploi […]. Forts de ces convictions, nous devrions conclure les négociations de longue haleine avec l’Indonésie.»

On ne peut pas négocier avec des pays dont le principal produit d’exportation est l’huile de palme si on en interdit l’importation

Filippo Lombardi (PDC)

«Economiesuisse (l’organisation faîtière) veut contribuer à la production d’huile de palme durable avec un accord avec la Malaisie. Marrant! J’ai toujours cru que la petite Suisse ne pouvait pas avoir d’impact sur les marchés globaux», a tweeté avec cynisme une jeune étudiante, en référence à un documentaire de la télévision alémanique SRF sur «la question de conscience» que pose l’huile de palme.

Pour le sénateur tessinois Filippo Lombardi (PDC), «on ne peut pas négocier avec des pays dont le principal produit d’exportation est l’huile de palme si on en interdit l’importation». Et une telle exclusion ne permettrait pas de sauver la forêt, car elle ne représente qu’une infime part de l’huile de palme exportée.

Action de Greenpeace en Indonésie

Les ONG Public Eye et Bruno Manser Fonds attendent beaucoup du Conseil national, qui avait, à gauche comme à droite, plébiscité la motion en février.

En amont de ce vote, une coalition d’ONG avait lancé une pétition contre l’huile de palme, dotée de 15 000 paraphes. La décision du Conseil des Etats a, elle, coïncidé avec une action de Greenpeace sur le site d’une raffinerie d’huile de palme en Indonésie.

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