(in)culture

L’humour nécessaire de Monsieur Desproges

A l’occasion des 30 ans de la disparition de l’humoriste, la RTS diffuse le documentaire «Pierre Desproges, une plume dans le culte»

Dans son Manuel du savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis, on peut lire ceci: «Le bonheur n’est pas réservé à l’élite, encore qu’on puisse le regretter, dans la mesure où, comme le disait si justement saint Vincent de Paul: «Il ne suffit pas d’être heureux. Encore faut-il que les autres soient malheureux.» Dans son Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, il a écrit cela: «Judaïsme n.m. Religion des juifs, fondée sur la croyance en un Dieu unique, ce qui la distingue de la religion chrétienne, qui s’appuie sur la foi en un seul Dieu, et plus encore de la religion musulmane, résolument monothéiste.»

Et lors d’un des 321 réquisitoires qu’il a tenus pour l’émission Le Tribunal des flagrants délires, il a eu – face au principal intéressé – cette saillie: «Il y a plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil.»

A lire: Pierre Desproges, le verbe qui mord et vit

Humour corrosif

Pierre Desproges était drôle. Très drôle. Irrévérencieux aussi, voire même parfois cynique, cachant ses angoisses derrière un humour corrosif. Il n’épargnait personne, se moquait éperdument de ce qu’on appellera plus tard le politiquement correct, n’adorait rien moins que de susciter des commentaires outrés.

Voilà 30 ans que le Français a cessé de nous faire rire. A l’occasion de l’anniversaire de sa disparition, la RTS diffuse ce lundi 9 avril, sur son deuxième canal, Pierre Desproges, une plume dans le culte, de Christophe Duchiron. On y découvre un «écriveur» aimant jouer avec et les mots et le français, une langue extrêmement vivante que les Académiciens, fustigeait-il, veulent tuer.

Un hypersensible indigné

Après avoir commencé sa carrière à l’écrit au sein de la rédaction de L’Aurore, Desproges a brillamment passé ses oraux. On l’a vu à la télévision dans Le Petit Rapporteur de Jacques Martin, avant de l’entendre à la radio dans cet improbable Tribunal des flagrants délires. Entre 1983 et 1984, il a animé sur FR3 La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Une merveille d’écriture brève portant haut les couleurs du non-sens. Allez lire sur Wikipédia les titres des 98 épisodes de cette série, rien que ça, c’est du pur bonheur.

Desproges était un hypersensible, un indigné. Il avait peur de la mort, et comme pour l’exorciser en parlait beaucoup. Lui qui se demandait «comment mourir sans avoir l’air d’un con?» a succombé à un cancer des poumons à l’âge de 48 ans. Il pensait qu’on pouvait rire de tout, mais pas avec tout le monde. Il n’aurait probablement pas trouvé amusant cette ère du tout-numérique où les gags, comme l’information, circulent tellement vite qu’ils arrivent trop souvent aux yeux et aux oreilles de ceux qui ne peuvent pas les comprendre.


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