L'image n'est pas passée inaperçue. Mercredi, à l'aéroport de Beyrouth, le président libanais chrétien Michel Sleimane, le premier ministre sunnite Fouad Siniora et le président chiite du parlement Nabih Berri ont reçu en grande pompe les prisonniers du Hezbollah libérés par Israël en échange de la dépouille de deux soldats israéliens enlevés à la veille de la guerre du Liban, en juillet 2006. Une manière de sceller une union nationale toute fraîche et de mettre un point final au conflit qui avait fait 1300 morts du côté libanais et 139 du côté israélien.

L'événement d'hier a transcendé les clivages politiques qui avaient porté le Pays du Cèdre au bord de la guerre civile. Il intervient à un moment où le Liban connaît une période de stabilisation presque inespérée. Ironie du calendrier: hier, le nouveau gouvernement tenait sa première séance.

Pour le Parti de Dieu né de l'invasion israélienne de 1982, la victoire est double. Malgré les pressions américaines, le parti de Hassan Nasrallah a conquis la minorité de blocage à laquelle il aspirait pour rallier le gouvernement. De plus, en obtenant de l'ennemi juré, Israël, la libération de cinq prisonniers, il accroît encore sa légitimité de mouvement de résistance. C'est là le piège. Fort de son «triomphe», le Hezbollah peut décider sa pleine intégration dans la vie politique libanaise. Mais il peut aussi continuer à servir de levier à ses mentors iranien et syrien. Loin de se fondre dans l'armée libanaise, le Parti de Dieu s'est au contraire considérablement réarmé depuis la guerre de 2006. Pour être viable à terme, l'Etat libanais devra donc reconquérir le contrôle de zones qu'il avait jusqu'ici abandonnées au Hezbollah.

Le Liban apparaît dès lors comme le point névralgique de mouvements tectoniques majeurs au Moyen-Orient. A Paris, au Sommet sur la Méditerranée, Bachar el-Assad a montré une volonté de coopérer sur pied d'égalité avec Beyrouth. Le président syrien est aussi prêt à négocier avec Israël, qui à son tour n'exclut pas de négocier avec le Hamas. Les Etats-Unis, qui avaient préféré la confrontation au dialogue avec le Hezbollah, le Hamas, la Syrie et l'Iran, font le constat de leur échec au point d'envoyer, ce samedi, un haut responsable aux pourparlers de Genève avec l'Iran. Quant à Israël, fragilisé par un pouvoir faible, il a accepté de subir une humiliation en trahissant un principe fondateur selon lequel on ne libère pas un terroriste. L'Etat hébreu a probablement saisi qu'une dynamique nouvelle était en marche.

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