Éditorial

Libéralisme, le grand doute

ÉDITORIAL. Trente ans après la chute du mur de Berlin, «Le Temps» se penche sur la crise du libéralisme. Face aux inégalités croissantes, à la montée des populismes, au changement climatique, notre modèle de société a-t-il encore un avenir?

Le 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin signe la défaite du communisme. Ne reste que le libéralisme triomphant. Trente ans plus tard, celui-ci fait face à une crise existentielle qui se manifeste par les inégalités, les populismes et le défi climatique.

Peut-on sauver le libéralisme? C’est le thème d’une série d’articles. Retrouvez tous les articles et la vidéo de ce dossier

Il est «obsolète» pour le président russe. Son homologue américain préfère se définir comme un «nationaliste». Le libéralisme, à les entendre, n’aurait qu’à rejoindre la poubelle de l’histoire où lui-même avait jeté Karl Marx en 1989. Ses multiples travers l’ont perdu. Car qui dit libéralisme dit finance débridée, immigration incontrôlée, élites déconnectées, destruction d’emplois et de la planète. Oui, indéniablement, le modèle actuel a péché par démesure en proclamant sa victoire sur les ruines du mur de Berlin. Trente ans plus tard, il porte moins beau. La crise est devenue existentielle.

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En Europe comme en Amérique du Nord, le libéralisme reste pourtant la force qui nous façonne en tant que citoyens. Il ne s’agit pas ici de se référer aux partis politiques qui se disent libéraux. Le concept fondamental est bien plus large et trace une filiation directe entre l’époque des Lumières et la nôtre. Définie simplement, la démocratie libérale a pour principe cardinal les droits de l’individu. Tout le reste de notre organisation politique et économique en découle: séparation des pouvoirs, Etat de droit, respect des minorités, liberté d’entreprendre. Cette conception d’une société ouverte permet aux opinions de s’exprimer dans toute leur diversité, à l’accusé de bénéficier d’un procès équitable, à chacun de vivre selon sa foi ou son orientation sexuelle. Elle nous permet de vivre ensemble malgré nos désaccords et nos contradictions.

Mais cette force est désormais perçue comme une faiblesse. Nos vies – de plus en plus hétérogènes et menacées par le changement, qu’il soit climatique ou technologique – évoluent si vite que le modèle semble dépassé. Pire, face à cette crise existentielle, la plus grande qualité d’une société ouverte, sa capacité à se remettre en question, est vécue comme un défaut. Les partisans de la fermeture l’ont bien senti: leur heure est venue. Tremblez, petites natures libérales.

Ce 9 novembre 2019 n’a donc rien d’une fête, il n’y aura pas de retrouvailles avec un passé enchanté. Il doit être l’occasion de faire notre examen de conscience. C’est la démarche que Le Temps a choisi de suivre cette semaine. Il recourt ainsi à l’arme la plus puissante de nos démocraties libérales: la capacité de douter, creuset de toute réforme. Au travail.

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