Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po et du CNRS, sont prisonniers scientifiques en Iran depuis le 5 juin 2019. Comme une quinzaine d’autres universitaires étrangers, ils sont sous le coup de chefs d’accusations politiques – atteintes à la sûreté de l’Etat, propagande contre le régime, espionnage – qui ne trompent personne, et pas même la justice iranienne puisqu’un tribunal a demandé la libération sous caution de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, en décembre, et qu’un autre tribunal a levé l’accusation d’espionnage à l’encontre de Fariba Adelkhah, en janvier. Mais les Gardiens de la révolution, qui sont les auteurs de ces arrestations arbitraires, ont toujours le dernier mot tant sur le fond que sur les modalités de la détention, dont les conditions sont très dures.

Fariba Adelkhah, croyons-nous savoir, parle à ce propos d’un pouvoir qui ne dit pas son nom et que nul n’ose nommer, d’un «pouvoir à l’envers». Le 24 décembre, cette dernière, de pair avec l’universitaire australo-britannique Kylie Moore-Gilbert, s’est engagée dans une grève de la faim qu’elle a poursuivie tout au long du mois de janvier, au prix d’une détérioration préoccupante de son état de santé. Nous lui avons demandé de la suspendre car son message en faveur du respect de la liberté scientifique et de ses propres droits a été entendu de par le monde. Néanmoins, le problème reste entier. Nous apprenons en effet que Fariba Adelkhah et Roland Marchal risquent d’être prochainement jugés par la section 15 du Tribunal révolutionnaire de Téhéran, de sinistre réputation. Ce procès ne présentera naturellement aucune garantie d’impartialité.

Partie prenante des institutions collégiales de décision – le Conseil de discernement de la raison d’Etat, le Haut Conseil de sécurité nationale – le «pouvoir à l’envers» des Gardiens de la révolution ne dépend constitutionnellement que du Guide de la révolution. C’est donc à celui-ci que nous nous adressons solennellement, en ce mardi 11 février, jour de la commémoration de la révolution de 1979, pour qu’il fasse justice et sauve la République islamique du déshonneur de l’iniquité en ordonnant aux Gardiens de la révolution de libérer Fariba Adelkhah et Roland Marchal. Leur seul tort est d’exercer leur métier en toute intégrité, en toute indépendance.

Sur le même thème: L’Iran, Etat voyou?

Du fond de la prison d’Evin, Fariba Adelkhah nous a adressé un cri poignant: «Sauver les chercheurs, sauver la recherche pour sauver l’histoire.» Ce cri concerne la République islamique, l’ensemble du Moyen-Orient, mais aussi chacun(e) d’entre nous, en Europe, en Afrique, en Asie, dans les Amériques. Car il n’y aura pas de société libre et juste sans science libre.


Premiers signataires de la tribune du 11 février 2020 (liste mise à jour le 11 février, 11h00)

Nos collègues ont également bénéficié du soutien de plusieurs institutions / This issue was also supported by:

Tous les communiqués sont disponibles sur / All statements are available on : https://faribaroland.hypotheses.org/category/statements

D’autres organisations en dehors du monde académique ont apporté leur soutien à nos collègues :

  • Association tunisienne de défense des libertés (ADLI), Tunisie 
  • Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Tunisie 
  • Beity, Tunisie 
  • Centre des défenseurs des droits de l'homme, Libye
  • Comité pour le respect des libertés et droits de l'homme en Tunisie (CRLDHT) 
  • Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTD), Tunisie 
  • Parti radical italien
  • Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Tunisie 
  • Vigilance pour la démocratie et l'État civique, Tunisie